Pour le Comité stratégique de filière bois, la question du carbone est le point fort du bois. Rencontre avec Luc Charmasson, président du CSF Bois.

Luc Charmasson, président du CSF bois. [©CSF bois]
Luc Charmasson, président du CSF bois. [©CSF bois]

En 2017, l’ancien Premier ministre Edouard Philippe et Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, ont annoncé la refonte du Conseil national de l’industrie (CNI). Au sein de ce conseil évoluent 18 filières à travers les Comités stratégiques de filière (CSF). Le CSF Bois a vu le jour en 2014. Présidé par Luc Charmasson, le comité est en charge d’animer des commissions, des groupes de travail et de formuler des propositions auprès des pouvoirs publics. « Le CSF bois est la seule filière qui part de la ressource naturelle jusqu’au marché, explique Luc Charmasson. Nous regroupons les propriétaires privés et publics de forêts, les exploitants, les premiers et deuxièmes transformateurs… Nous sommes tous liés par le bois. » Au sein de ce CSF, plus de 50 % de la valeur ajoutée proviennent de la construction. Viennent ensuite les secteurs de l’ameublement, de l’emballage et de l’énergie.

La question du carbone est le point fort du bois et du biosourcé de façon générale. « C’est un matériau qui absorbe et stocke le CO2, tant qu’il n’est pas détruit et tout au long de son cycle de vie. A elle-seule, la filière bois permet de stocker 23 % des gaz carboniques de la construction et du transport. De plus, la RE 2020 et la loi Climat & Résilience changent la façon de concevoir des projets. Avant nous ne comptabilisions pas la carbonation. C’est sûr qu’avec la mise en place de l’ACV dynamique, les producteurs de matériaux doivent maintenant faire plus d’efforts. Et il est vrai que le bois est avantagé à ce niveau. »

L’ACV dynamique, un bon référentiel pour la filière bois

Pour le CSF bois, le choix de ce nouveau référentiel correspond bien aux ambitions environnementales et à la stratégie bas carbone de la France. « L’AVC dynamique donne des seuils, permet d’éveiller les consciences et de faire évoluer le bâtiment. Seuls 5 % des constructions en France suivent réellement la RT 2012. Du fait qu’elle ne soit pas contraignante. »

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Dans cet environnement, le CSF Bois estime que son matériau de prédilection va monter en puissance. Si aujourd’hui, il s’élève à 10 % du marché de la maison individuelle, le comité estime qu’il représentera entre 20 et 30 % en 2030. « Nous ne voulons pas remplacer les autres matériaux et croyons à la mixité des matériaux. De grands groupes à l’image de Bouygues Construction ou encore Icade investissent de plus en plus dans la construction bois et mixte, de 3 à 30 % de leurs projets. »

Une filière bois en plein développement

Selon le CSF Bois la dimension environnementale gagne aussi du terrain du côté des consommateurs. « Les gens deviennent de plus en plus écologiques, ils veulent des matériaux responsables. Et le bois a bonne image. » Cependant pour le comité, la France ne coupe pas assez de bois. « Il faut cultiver la ressource. Nous sommes en train de doubler les exploitations, mais nous plantons davantage d’arbres que nous en coupons. » En effet, le plan de relance prévoit une enveloppe de 150 M€ pour replanter et dynamiser l’industrie du bois.

De plus, parmi les 10 engagements de son Plan ambition bois construction 2030, la filière compte investir dans la R&D, mais aussi, dans le développement du bois français. Et ainsi favoriser l’essor des constructions bas carbone. Un développement nécessaire, puisque la fabrication de produits de première et deuxième transformation a évolué. « En scierie nous avons rattrapé notre retard par rapport aux autres pays européens depuis une dizaine d’années, conclut Luc Charmasson. Avant, nous utilisions plutôt du bois brut, alors qu’aujourd’hui, il nous faut des bois dits “parfaits” ou bois d’ingénierie. Nous voulons moins importer et être plus autonomes. C’est donc dans ce domaine que les investissements sont attendus. En France, les forêts sont composées aux deux tiers de feuillus et d’un tiers de résineux. Aujourd’hui, au regard de nos besoins, il faudrait que ces chiffres soient inversés et réfléchir à comment mieux utiliser les feuillus. »