Robert Mallet-Stevens : Figure emblématique de l’entre-deux-guerres

Rédaction
04/02/2019

Avec Le Corbusier et André Lurçat, Robert Mallet-Stevens est l'un des principaux tenants du “Style International” ou Mouvement moderne à Paris, influencé tant par l’Américain Franck Lloyd Wright que par le mouvement hollandais De Stijl…

Robert Mallet-Stevens est, avec Le Corbusier et Lurçat, l'un des principaux tenants du “Style International” à Paris.

Robert Mallet-Stevens est, avec Le Corbusier et Lurçat, l’un des principaux tenants du “Style International” à Paris.

Né à Paris d’une famille belge, Robert Mallet-Stevens (1886-1945) est le neveu de Suzanne Stevens, l’épouse du financier belge Adolphe Stoclet qui fit construire par l’architecte Joseph Hoffman, à Bruxelles, le célèbre palais éponyme. Ce bâtiment avant-gardiste influencera probablement Robert Mallet-Stevens dans ses choix formels. Diplômé à l’Ecole spéciale d’architecture, à Paris, il fut guidé par la plastique et l’esthétisme architecturaux, sans préoccupation sociale, s’opposant ainsi aux principes corbuséens. En 1929, il fonda l’Union des artistes modernes (UAM). En 1935, il fut directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Lille. Il ne devint architecte qu’après ses 37 ans, après avoir été pendant 20 ans décorateur de cinéma et designer. Il n’eut presque exclusivement que des clients privés, son unique commande publique ayant été la réalisation d’une caserne de pompiers, rue Mesnil à Paris.

Ce n’est que dans les années 1980 que son œuvre suscita un intérêt pour sa participation à la recherche esthétique et à l’exigence de fonctionnalité du Mouvement moderne des années 1930. C’est à l’initiative d’une rétrospective au Centre Pompidou en 2005 que certains de ses bâtiments furent réhabilités ou acquis par l’Etat.

1923, année charnière.

Son premier projet architectural d’envergure fut la villa Noailles, à Hyères (83). C’est au printemps 1923 que Charles et Marie-Laure de Noailles, grands mécènes, confièrent à Mallet-Stevens le projet de ce qui devait devenir au fil d’agrandissements successifs un étrange château moderne. Man Ray, ami du couple, réalisa un film surréaliste sur cette villa : “Les Mystères du château du dé”. Elle est aujourd’hui un espace d’expositions avec des résidences d’artistes.

1923 fut une année charnière pour Mallet-Stevens. Il étudia aussi la villa de Mézy, dans les Yvelines, pour le couturier Paul Poiret. Il passa du statut de décorateur de cinéma et de designer à celui d’architecte. Ce fut l’heure de ses premiers contacts avec des clients et des sites réels. Le chantier débuta en 1924. Mais en 1926, la maison de couture Poiret fit faillite et la villa resta inachevée. C’est la comédienne Elvire Popesco qui la racheta en 1930 et l’acheva. L’actrice l’habita jusqu’à sa mort en 1985. Ce n’est qu’en 2006, possession des époux Brun, amateurs d’Art déco, qu’elle fut restaurée1.

Construite entre 1929 et 1932, pour le compte de Paul Cavrois, grand industriel du textile de Roubaix, la villa Cavrois, à Croix, dans le Nord, a connu une longue période d’abandon et de vandalisme (1988-2001). Cette demeure a été acquise par l’Etat en 2001. Mallet-Stevens a réalisé ici sa création la plus aboutie, fondée sur la grande liberté qui lui est laissée par son commanditaire. Il s’agit d’une réalisation de transition entre l’architecture résidentielle traditionnelle et l’architecture moderne. C’est un véritable programme de “château” moderne. La villa en cours de restauration sera ouverte au public en 2015.

Une rue à son nom.

Mallet-Stevens réalisa son œuvre majeure en 1926, dans le XVIe arrondissement de Paris, avec la rue qui porte son nom. Il s’agit d’un ensemble de six hôtels particuliers, conçu comme un morceau de ville totalement homogène. Il joua avec les angles droits et les surfaces nues, les lignes horizontales et les décrochements qui rappellent le cubisme. 

Son aspect minéral, ses proportions, son unité architecturale la projettent dans une dimension urbaine affirmée. Son équipement même en fait une rue moderne2. Mallet-Stevens construisit aussi en 1926 la villa Collinet à Boulogne-Billancourt (92), et à Paris, la villa Barillet (1931) ou encore l’immeuble de rapport de la rue Méchain (1928-1929).