Édito

L’art de la critique

Il est des instants où les informations se télescopent. L’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei vient de s’éteindre, à l’âge de 102 ans. En France, il est le créateur emblématique de la Pyramide du Louvre - et de l’entrée en sous-sol du musée -, ouvrage vivement critiqué dès son inauguration. Cette réalisation est pourtant magnifique et unique. Une œuvre comme seule, Paris est en mesure de s’offrir. A une autre époque, la tour Eiffel a souffert des mêmes critiques, tout comme le Centre national d’art et de culture Georges Pompidou - dit Centre Beaubourg -, ouvert au public en 1977. Mais peut-on s’imaginer aujourd’hui Paris sans la tour Eiffel ou le Louvre sans sa Pyramide de verre ? La réponse est clairement : non !

Lundi 15 avril 2019, un terrible incendie a détruit l’intégralité de la charpente millénaire de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Et a emporté avec lui la flèche érigée par Viollet-Le-Duc vers 1864 - objet de toutes les critiques aussi. Aujourd’hui, se pose la question de la reconstruction. Le président Emmanuel Macron prône des travaux rapides « dans les cinq ans ». Un concours international est même lancé et des camps se sont créés. D’un côté, les partisans d’une reconstruction à l’identique (y compris de la flèche, pourtant décriée à son époque). De l’autre, les adeptes d’une “rénovation différente”, plus “osée”... A ceux-là, il est nécessaire de rappeler que Notre-Dame-de-Paris est, et reste, avant tout un lieu de culte religieux. Le projet devra donc en tenir compte, au risque de transformer la cathédrale en un “marché du Temple”...

La reconstruction à l’identique pose la question des matériaux. On peut dire ce que l’on veut, mais le bois - la charpente était constituée d’un millier de chênes - est un matériau qui brûle, même très bien ! Est-ce une bonne idée de le réutiliser et de risquer de revoir un jour les scènes dramatiques du 15 avril ? La charpente de la cathédrale de Reims est en béton. Qui cela gêne-t-il ? Après tout, la charpente de Notre-Dame-de-Paris n’était pas ouverte à la visite. Personne ne la voyait. Une fois reconstruite, la logique veut qu’elle reste invisible. Alors, pourquoi se priver d’une technologie moderne pour refaire sa structure et pérenniser l’édifice pour les mille ans qui viennent ? Quitte à essuyer toutes les critiques.

Frédéric Gluzicki

Directeur de la publication

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