Notre-Dame de Royan : Fragile témoignage de la reconstruction

Rédaction
06/07/2021

Reconstruite après-guerre, l’église Notre-Dame de Royan nécessite à nouveau d’importants travaux de restauration. Des travaux qui n’ont jamais cessé depuis son inauguration en 1958.

Souvent prise pour une cathédrale, l’église peut accueillir 2 000 fidèles. [Gérard Guérit]

Janvier 1945. Les bombardements alliés, qui veulent en finir avec la poche de Royan, font 2 000 victimes et détruisent la ville à 80 %. Quinze ans plus tard, celle-ci, entièrement reconstruite sur une trame nouvelle, va devenir le lieu le plus “années cinquante” de France. Avec le front de mer, le casino et le marché couvert, l’église Notre-Dame fait partie des ouvrages emblématiques de la ville. Que l’on arrive par la terre ou par la mer, l’église est le premier signal visible de la ville, tel un paquebot tourné vers l’océan. Elle est devenue un édifice majeur de l’architecture religieuse contemporaine, autant par ses dimensions – 45 m de longueur sur 22 m de large et 36 m de haut, avec un clocher culminant à près de 60 m -, que par l’audace de sa conception : piliers en V, couverture en voile mince de 8 cm et emploi généralisé du béton brut.

Un aboutissement pour l’ingénieur Lafaille

En 1951, le conseil municipal de Royan ouvre un concours d’architecture pour reconstruire Notre-Dame. Le cabinet Baraton-Bauhain-Hébrard est choisi, avec un projet influencé par l’architecture brésilienne. En 1953, le conseil municipal change et Max Brusset devient maire. Le premier projet ne l’ayant jamais enthousiasmé, il en commande un nouveau. Notre-Dame devient alors le symbole de la résurrection de Royan, lorsque le maire ordonne à l’architecte retenu, Guillaume Gillet, de concevoir l’église la plus haute possible. « Royan ne doit pas être  pas une ville couchée, mais une ville debout, assure Max Brusset. Il faut la redresser par la silhouette de l’église ! »

L’originalité, dont fait preuve la conception de l’église Notre-Dame, représente l’aboutissement des recherches fondamentales menées par l’ingénieur Lafaille. Ceux-ci ont été publiés en 1928 et ont vu leurs premières applications sur des programmes industriels et commerciaux qui exigeaient, déjà à l’époque, de grandes portées sans appui. Sur cette base fondamentale innovante (paraboloïde-hyperbolique de la toiture), Guillaume Gillet apporte les dimensions esthétiques et religieuses à un bâtiment que la formidable évolution de structure avait permis de monumentaliser. Mais sans avoir recours à la préfabrication, puisque l’ensemble sera coulé en place par l’entreprise Delau. Le chantier durera moins de trois ans.

Du sel dans le béton…

Les bétons et les aciers ont été dégradés par l’atmosphère marine, mais aussi par l’emploi de sables à forte salinité. [Gérard Guérit]

Avec ses dimensions imposantes, Notre-Dame de Royan est souvent qualifiée à tort de cathédrale. Elle peut recevoir 2 000 fidèles dans sa nef en ellipse. Classé Monument historique, l’édifice, assez austère à l’extérieur, apporte une toute autre perception depuis l’intérieur. Une constatation d’ailleurs courante avec les édifices religieux modernes.

Hélas, les contraintes budgétaires de l’époque n’ont pas été sans conséquences sur la pérennité du bâtiment. Des altérations ont vite été constatées, dues en particulier à la salinité du béton, fabriqué à l’aide d’un sable humide de la Gironde. Il suffit d’examiner de près les parties les plus dégradées pour constater l’importance des coquillages présents dans le béton…

Devenue le symbole de la cité balnéaire, l’église pâtit de problèmes d’étanchéité, accentués par l’agressivité du milieu marin. Trois tranches de travaux, qui visent la réparation des bétons, les confortements et l’étanchéité de la couverture, ont déjà été effectuées avec des crédits publics. Mais seuls, des fonds privés devraient permettre de finaliser les interventions prévues.

Gérard Guérit