Le marché de l’isolation sous tension

Sivagami Casimir
23/03/2022

Que ce soit à cause du changement de politique au niveau des aides à la rénovation énergétique ou des tensions au niveau de l’énergie et des matières premières, le monde de l’isolation traverse une phase difficile.

L’entreprise JC Technique applique des isolations projetées, en construction neuve comme en rénovation, y compris sur des planchers anciens en bois. [©JC Technique]
L’entreprise JC Technique applique des isolations projetées, en construction neuve comme en rénovation, y compris sur des planchers anciens en bois. [©JC Technique]

En février dernier, le syndicat de la rénovation énergétique Symbiote alertait des effets catastrophiques de la fin des “Coups de pouce”. Aujourd’hui, le monde de l’isolation continue à tirer la sonnette d’alarme sur la situation économique des acteurs du secteur, et même du devenir de la filière. En cause, toujours la baisse des aides aux ménages.

« Les aides MaPrimeRénov ont été très peu fléchées vers l’isolation, avec plus de 65 % du budget consacré à l’installation de pompes à chaleur et de poêles à bois, constate Symbiote dans une tribune. Pire, depuis juillet 2020, l’Anah a acté une baisse de 25 % des aides à l’isolation des façades accordées aux Français. Concernant les CEE, les pouvoirs publics ont successivement réduit le “Coup de pouce” pour l’isolation des planchers en septembre 2020, puis supprimé le “Coup de pouce” pour l’isolation des combles au 30 juin 2021, avec six mois d’avance. »

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Selon le syndicat, le volume des combles et des planchers isolés a baissé de plus de 80 %. Et en six mois, 13 000 emplois ont été détruits. Côté industriels, l’inquiétude est partagée. En effet, ils ont développé massivement leur capacité de production et ont besoin de stabilité pour rentabiliser leurs investissements. « 2022 doit être l’année de la relance de la filière de l’isolation en France. A l’heure de l’explosion des prix de l’énergie, il y a urgence à créer un contexte permettant aux ménages français, et notamment aux plus modestes, de renforcer la sobriété énergétique de leur logement. Cela passera impérativement par de l’isolation… »

Travailler de concert pour relancer l’économie

C’est justement cette hausse des prix de l’énergie et des matières premières qui inquiètent Jean-Michel Tognetti, président du groupe MGH, propriétaire des marques Syneris, Oséo et Europiso. En effet, la situation géopolitique actuelle avec la guerre en Ukraine accentue les tensions sur le marché du polyuréthane projeté. Notamment au niveau de l’approvisionnement et des prix de l’isocyanate, matière indispensable dans la fabrication du PU.

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« Nous avons déjà été impactés par la hausse des prix, suite au Covid et à la forte reprise économique, déclare Jean-Michel Tognetti. Le tarif de l’énergie a augmenté de 20 à 30 %, ce qui se répercute sur nos solutions : environ + 3 € à + 4 € pour 10 cm de polyuréthane projeté. » Si les mesures prises par le gouvernement sont les bienvenues, elles prennent du temps à prendre effet. Le président du groupe MGH appelle à plus de cohésion et de dialogue entre les acteurs de ce secteur, mais aussi avec la FFB. « Il faut nous prendre en considération, car nous ne voulons pas mettre près de 600 personnes au chômage… L’ensemble de notre profession doit répercuter la hausse des prix sur le marché. Tout le monde doit se mobiliser, nous ne passerons pas la crise chacun de notre côté. »