Dès le début des hostilités de la Grande Guerre, la cathédrale de Reims est victime des tirs ennemis, réduisant en cendres la charpente en chêne. Celle-ci sera remplacée par une structure innovante, constituée d’une multitude de petits éléments préfabriqués en ciment armé et clavetés.

Etat des combles au-dessus de la nef après l’incendie.
Etat des combles au-dessus de la nef après l’incendie. [©Collection LRMH]
Etat du chœur et du maître-autel après l’incendie.
Etat du chœur et du maître-autel après l’incendie. [©DR]

Le 19 septembre 1914, les obus allemands tombent sur la cathédrale Notre-Dame de Reims. A 15 h, un incendie se déclare au niveau d’un échafaudage en bois monté sur la tour Nord en cours de restauration. A 15h30, la toiture prend feu à son tour. A 16 h, la grande Rose éclate, des flammes tombent sur de la paille stockée à l’intérieur. L’édifice n’est plus qu’un brasier. A 20h, l’incendie cesse. La toiture, la charpente, les cloches, les vitraux, le mobilier, le statuaire, les boiseries… Tout est détruit ou presque. Seul le gros œuvre de pierre a résisté en partie. C’est le terme de “reconstruction” qui sera employé, plus tard, pour décrire l’ampleur des travaux. Tant certaines parties irrécupérables devront être rebâties à l’identique.

Oublier le chêne

Dès 1915, Henri Deneux est nommé architecte en chef de la cathédrale. A la fin des hostilités, son premier travail constitue à inventorier et à classer les débris. Dans la foulée, on reconstitue les statues et les chapiteaux. Les murs et les voûtes sont réparés. Les contreforts et les arcs-boutants, dont certains avaient été touchés par des obus, sont consolidés et restaurés. 

Couverture provisoire mise en place en 1920.
Couverture provisoire mise en place en 1920. [©Collection LRMH]

Au tout début des années 1920, dans cette première période de restauration, Henri Deneux teste sur l’église Saint-Jacques de Reims, elle aussi très dégradée par les bombardements, un système de charpente, constitué de petits éléments en ciment armé et clavetés entre eux. Son idée est extrapolée d’une technique imaginée au XVIe siècle par l’architecte de la Renaissance, Philibert Delorme. Ce dernier avait mis au point une technique de charpente par petits éléments de bois normalisés et assemblés par des clavettes, également en bois. Henri Deneux conserve l’idée de ces dernières, mais remplace les éléments de bois par des pièces en ciment armé. Son procédé est décrit comme « un montage de planches en ciment, d’une section de 20 cm x 4 cm. D’un poids assez faible pour être manipulées par un ou deux ouvriers, sans aucun engin de levage. Et reliées entre elles par un système de mortaises ou d’entailles, de clefs en ciment et de clavettes en bois ».

La mise en œuvre de ce procédé donne satisfaction sur l’église Saint-Jacques. Ce test positif encourage Henri Deneux à faire le grand saut. Et à envisager le même principe pour la nouvelle charpente de Notre-Dame de Reims. L’idée d’abandonner le bois est dictée d’une part, par la pénurie de bois nobles, de sections et de longueurs suffisantes. Et d’autre part, par les risques d’incendie d’une charpente en bois et les conséquences qui y sont liées. Il n’était pas non plus possible de réaliser une charpente en béton armé traditionnel. Les structures en pierre étant incompatibles avec les surcharges générées par un tel ouvrage.

Deux ans de travaux

Réalisation de la charpente en 1925.
Réalisation de la charpente en 1925. [©Collection LRMH]
Détails d’assemblages au niveau de la nef. [©DR]
Détails d’assemblages au niveau de la nef. [©DR]

La réalisation et la mise en œuvre de cette charpente innovante, préfabriquée en atelier, vont durer deux ans, de 1924 à 1926. Les compagnons recouvriront ensuite de plomb la toiture. Ils en profiteront pour rétablir sur la crête, les fleurs de lys qui avaient été supprimées à la Révolution. Le clocher à l’ange et le carillon sont reconstitués. La galerie haute de la nef est reconstruite conformément à l’origine, tout comme les vitraux. Tous ces travaux très coûteux n’auraient pas pu aboutir aussi rapidement sans un mécénat important, américain pour la plupart et particulièrement sans l’aide précieuse des familles Ford, Carnegie et Rockfeller. Henri Deneux, perçu à juste titre comme le sauveur de la cathédrale, est alors promu, pour l’ensemble de ses travaux, chevalier de la Légion d’honneur.

Vues de la charpente sur clocher et nef. [©DR]
Vues de la charpente sur clocher et nef. [©DR]

La cathédrale est partiellement rendue au culte en 1927 et reconsacrée… en 1937. Ce sera le plus important chantier de restauration de l’entre-deux-guerres. Aujourd’hui encore, des campagnes de réfection très importantes s’achèvent, comme celle de la tour Nord. Et ce, afin de lui redonner tout son lustre. Ses reliefs et ses sculptures ayant été très endommagés par le funeste incendie du 19 septembre 1914. 

Gérard Guérit

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