Jean Muller : Artiste des ouvrages d’art

Rédaction
25/08/2017

Elève et héritier d'Eugène Freyssinet, Jean Muller est l’un des ingénieurs français les plus connus dans le monde. L’innovation technique a toujours été pour lui une motivation. Sans oublier l’esthétique, car l'ingénieur doit associer forme et fonction pour réaliser de véritables œuvres d'art.

Né en 1925 à Paris, Jean Muller développe pendant ses études un véritable goût pour la résistance des matériaux appliquée à l’ingénierie mécanique et à la construction. Etudes suivies à l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures (spécialité construction). Dès 1947, fraîchement diplômé, il a l’occasion de travailler pour Eugène Freyssinet qui développe alors ses premières applications de la préfabrication des ouvrages d’art (ponts sur la Marne). Il réalise le projet de trois ponts en arc au Vénézuela, record d’époque de portée libre (150 m), d’audace et d’élégance.

L’année 1951 marque une étape importante dans la carrière du jeune ingénieur. La STUP (aujourd’hui Freyssinet International) souhaite s’introduire sur le continent américain, premier marché mondial de la construction où l’acier est roi. Jean Muller et son équipe relèvent le défi d’y développer la précontrainte. La construction du grand pont de Pontchartrain, en Louisiane, avec ses 38 km de longueur, en est le témoignage.

Avec ses 38 km de long, le grand pont de Ponchartrain (1956), en Louisiane, est l’ouvrage de franchissement le plus long du monde. Il a été doublé en 1969. [©Egis]

Voussoirs à joints conjugués

De retour en France, en 1956, l’ingénieur poursuit sa carrière au sein de l’entreprise Campenon Bernard. Il participe à [abonnés] des projets très variés : barrages en béton (Sefid-Rud et Karun, en Iran, qui font appel à la précontrainte du rocher de fondation et des ouvrages en béton), ouvrages maritimes (écluse préfabriquée de Boulogne), génie nucléaire ou encore ouvrages d’art. Il développe surtout la technique des voussoirs préfabriqués avec joints conjugués, appliquée pour la première fois à l’échelle industrielle sur le pont de Choisy-le-Roi (1962). 

En 1978, Jean Muller entame une deuxième expérience américaine. Il simplifie la technique des voussoirs préfabriqués afin de l’adapter aux habitudes de la construction aux Etats-Unis. Il allie le dépouillement des formes et la simplicité des méthodes de construction à l’utilisation de la précontrainte extérieure. Il réalise des ponts routiers ou autoroutiers, des ouvrages ferroviaires, des viaducs urbains pour transports en site propre. Parmi les plus célèbres : le pont en béton à haubans de Tampa (Sunshine Skyway Bridge), extrapolation du pont de Brotonne.

Le Prince Edouard

Pont de Brotonne (1977), dont Jean Muller a assuré la conception. [©Egis]

L’année 1986 marque un tournant décisif. L’ingénieur crée Jean Muller International (aujourd’hui groupe Egis) avec pour mot d’ordre : “savoir-faire de haut niveau dans le domaine des grands ouvrages d’art et recherche de l’esthétique”. L’entreprise se charge de toutes les étapes des études, puis supervise les constructions. 

Jusqu’à sa disparition en 2005, Jean Muller conçoit et réalise alors en France des ouvrages exceptionnels tel le pont sur l’Isère (autoroute A 49), ou innovants  à l’image du pont sur la Roize, tout en continuant à travailler sur les ouvrages courants optimisés. Dans le monde, il se distingue par des réalisations comme le viaduc ferroviaire de Monterrey, au Mexique (18 km de longueur), le viaduc de l’autoroute H-3, à Hawaï, implanté dans un site magnifique, mais exceptionnellement difficile, les ponts routiers et ferroviaires en Thaïlande. Et l’un des plus grands ouvrages d’art contemporains au Canada, le pont de l’Ile du Prince Edward (ou pont de la Confédération) qui comporte 44 travées de 250 m.

Depuis 1963, nombre de distinctions ont reconnu le talent de Jean Muller. Et, depuis 2007, c’est le prix qui porte son nom qui récompense les travaux des jeunes ingénieurs et chercheurs. Car il disait que «  pour assurer la pérennité de l’œuvre, il faut conserver une avance technologique, et si possible, l’augmenter ».

[Source : www.jmi.groupegis.com] [abonnés/]