Dossier : Mettre de la couleur dans l’architecture

Rédaction
08/07/2021

Le béton est un matériau au grand potentiel esthétique. Les architectes l’ont compris depuis bien longtemps : le béton offre des possibilités pour ainsi dire infinies en matière de design, de textures, de formes, de couleurs… Les entreprises de construction montent en compétences. Les producteurs du secteur multiplient les solutions pour répondre aux besoins des maîtres d’ouvrage et d’œuvre, aussi bien en BPE qu’en préfabrication.

Article paru dans le n° 95 de Béton[s] le Magazine

Groupe scolaire René Beauverie, Vaulx-en-Velin (69). Dominique Coulon & associés, architectes.  [©Coulon Architectes/Eugeni Pons]
Groupe scolaire René Beauverie, Vaulx-en-Velin (69). Dominique Coulon & associés, architectes. [©Coulon Architectes/Eugeni Pons]

Trop souvent, on reproche au béton son apparence grise. Si, pour l’auteure britannique Erika Leonard James, cette couleur se décline en “50 nuances de Grey”, pour nombre d’entre nous, elle est synonyme, à la fois, de tristesse, de monotonie, de peur, de sobriété et de modernisme. A chacun de faire son choix entre l’une ou l’autre de ces propositions, en fonction de ses propres aspirations. En architecture en béton, le modernisme semble être la meilleure option !

Dans son livre “L’étonnant pouvoir des couleurs”, le designer Jean-Gabriel Causse aborde cette thématique sous deux angles très complémentaires. Tout d’abord du point de vue esthétique – l’approche traditionnelle -, mais surtout en tenant compte de l’influence que peut avoir la couleur sur nos perceptions et comportements. Le choix d’une couleur n’est donc pas un acte anodin, car celle-ci renverra toujours à notre propre vécu et/ou notre propre culture. En Occident, le blanc véhicule l’idée du silence, du mariage, de la naissance, de l’espoir. En Orient et dans une partie de l’Afrique, il symbolise la mort, la tristesse. En Chine, il représente l’absence et l’attente. En Inde, le Taj Mahal, réalisé en marbre blanc, n’est pas un palais, mais un mausolée, initié par l’empereur moghol musulman Shâh Jahân, en mémoire de sa défunte épouse Arjumand Bânu Begam…

Immeuble d’habitations à l’entrée de l’ex-Caserne de Reuilly, Paris XIIe. Charles-Henri Tachon, architecte. [©ACPresse]

Poste source 225/20 kV de Gramont, Balma (31). Architecture Malacan Martres. [©Agence AMM/Christophe Picci]

Le Nouveau lieu de Strasbourg – ou Nolistra – compte huit bâtiments regroupant un hôtel, des logements et des bureaux. Lan Architectes. [©Lan/Lorenzo Zandri]

Architecture et couleurs ont toujours cohabité, souvent d’une manière imposée. En effet, de tout temps, les constructions sont réalisées à l’aide des matériaux locaux, donnant leur caractère ou leur unité aux cités. Toulouse n’est-elle pas la Ville rose ? Et que dire du calcaire clair et du Comblanchien, qui ont donné son caractère à Paris ? 

Le béton a ce pouvoir extraordinaire d’accepter la pigmentation. Une manière de “perdre” sa classique couleur grise au profit d’une large nuance de teintes. D’autant plus sobres ou intenses, que le ciment de base est gris ou blanc… Rouge, vert, bleu, jaune, orange, noir : tout est possible et réalisable, permettant aussi au matériau de se “faire oublier”, si telle est la volonté de l’architecte. Toutefois, l’oubli du béton ne supprime pas la symbolique véhiculée par la couleur choisie, donnant ainsi une autre dimension à la réalisation. Celle-ci peut alors devenir un jalon urbain, un trait d’union, un rappel historique, un point d’accès ou un repère visuel. 

Dossier préparé par Sivagami Casimir et Frédéric Gluzicki

Sommaire du dossier :

Caserne de Reuilly : Le rouge comme marqueur urbain

Groupe scolaire René Beauverie : Imbrications azurées

Poste source de Gramont : Blanc électrique

Nolistra : Des couleurs porteuses d’histoires

Parmi les annonceurs de Béton[s] le Magazine n° 95