Bruno Houdayer : Béton zénitude

Muriel Carbonnet
02/12/2021

Dans son atelier blanc sur blanc du XVIe arrondissement parisien, le photographe Bruno Houdayer se joue, avec bienveillance, du spectateur à travers ses images... Découverte d’un monde onirique.

Article paru dans le n° 97 de Béton[s] le Magazine.

Bruno Houdayer se définit comme un créateur visuel. La photographie est son medium, mais il la perçoit et la pratique dans une approche plasticienne pour « donner à découvrir une photographie en suspension, entre le figuratif et l’abstrait... ». [©Shadia Alem]
Bruno Houdayer se définit comme un créateur visuel. La photographie est son medium, mais il la perçoit et la pratique dans une approche plasticienne pour « donner à découvrir une photographie en suspension, entre le figuratif et l’abstrait… ». [©Shadia Alem]

A regarder de plus près ses photographies, on ne penserait jamais que Bruno Houdayer (né en 1972) puisse être, lui aussi, sujet à l’anxiété, tellement elles dégagent de sérénité et de bien-être. C’est avant tout ce qu’il veut faire passer, de la plénitude. Pour cela, à chaque prise de vue, il s’ancre dans une certaine énergie, « pour après se rapprocher du ciel ». Entre abstraction et figuratif, il se joue de nous. « Je donne à découvrir une photographie en suspension… » Mais si l’on ne connaît pas la technique de la pose longue, il est impossible de définir ce qu’il y a sur le cliché.

On ne peut que contempler ses “pyramides” qui jaillissent d’un brouillard cotonneux et vaporeux. Et là, l’imagination du spectateur vagabonde : est-ce une photo aérienne ou bien une contrée d’une autre planète… ? Chaque prise de vue est l’occasion de s’interroger sur l’image, son essence, sa fonction et son message. « Transmettre énergie, sérénité et paix à ceux qui regardent les photographies, en les invitant à se poser pour se ressourcer … » Telle est la quête personnelle de l’artiste

Un mode contemplatif

Chaque cliché est l’occasion de s’interroger sur l’image, son essence, sa fonction et son message. [©Bruno Houdayer]

S’il brouille les pistes de l’image réelle, en saturant les couleurs, en renforçant les lignes graphiques, en égarant avec des flous, c’est pour mieux partager son regard avec le public et « installer entre les images et les spectateurs une résonance vitale forte, mais apaisante ». [©Bruno Houdayer]

« Cette démultiplication du temps de pose est à l’unisson avec la prise des photos à la tombée du jour ou au clair de lune. Il y a très peu de lumière, cela donne une autre ambiance qui sacralise ces monuments sortis d’un ailleurs… » [©Bruno Houdayer]

Mais Bruno Houdayer sait nous transporter vers d’autres univers, d’autres esthétiques et styles photographiques. Sur des chantiers pour l’essentiel. Il aime jouer avec notre notion d’échelle sur les images. [©Bruno Houdayer]

Bruno Houdayer part d’un ressenti intime qu’il veut faire partager sur un mode contemplatif. S’il brouille les pistes de l’image réelle, en saturant les couleurs, en renforçant les lignes graphiques ou en nous égarant avec des flous, c’est pour mieux « installer une résonance vitale forte, mais apaisante, entre les images et les spectateurs ».La photographie va ici de pair avec une approche plasticienne. 

Le photographe ne reproduit pas uniquement ce qu’il voit, cela va plus loin. « Ce qui est fantastique dans un tableau abstrait, c’est l’ouverture de l’imaginaire et l’émotion qu’il procure à celui qui le regarde », expliquait l’artiste Mark Rothko (1903-1970), l’une de ses références en peinture. En effet, la surprise est grande en voyant le résultat. Qui pourrait dire que ce sont des brise-lames et les remous d’une mer agitée qui viennent s’y échouer ? Il s’opère une certaine magie : l’enchaînement et l’addition de chaque vague capturée sur un même cliché la font devenir volutes de brouillard.

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Les brise-lames, des statuaires architecturées, texturées.« Cette démultiplication du temps de pose est à l’unisson avec la prise des photos à la tombée du jour ou au clair de lune. Il y a très peu de lumière, cela donne une autre ambiance qui sacralise ces monuments sortis d’un ailleurs… »Une ambiance que chacun peut interpréter. Zénitude où matière béton et nature fusionnent pour ne devenir plus qu’un. 

Entre plans serrés et conformisme

Il efface nos repères, en nous plongeant dans une écriture graphique des matières et de textures. Allongé sur les sols avec des photographies macros ou depuis le haut d’une grue avec des plans serrés de vastes étendues bétonnées. [©Bruno Houdayer]

Il sculpte avec la lumière les sols et met en valeur leur texture usée, laminée, salie, boursouflée, égratignée, piétinée… Très graphiques, ces clichés, une fois de plus, surprennent le spectateur. [©Bruno Houdayer]

Puis, vient la photographie de commandes. Plus traditionnelle, plus formelle, en principe. Là encore, Bruno Houdayer sait insuffler une poésie et un graphisme inattendus. [©Area Property Partners]

Tout en retransmettant la réalité d’un lieu et en captant l’effervescence, les moindres détails. Une fois de plus, il anime l’image fixe… [©Area Property Partners]

Mais Bruno Houdayer sait nous transporter vers d’autres univers, d’autres esthétiques et styles photographiques. Sur des chantiers pour l’essentiel. Il aime jouer avec notre notion d’échelle sur les images. Il efface nos repères, en nous plongeant dans une écriture graphique des matières et de textures. Allongé sur les sols avec des photographies macros ou depuis le haut d’une grue avec des plans serrés de détails bétonnés. Il sculpte avec la lumière les sols et met en valeur leur texture usée, laminée, salie, boursouflée, égratignée, piétinée… Très graphiques, ces clichés, une fois de plus, surprennent le spectateur. On dirait des compositions abstraites de peinture, où l’artiste aurait travaillé la matière, recouvrant le tableau de couches successives et toujours plus épaisses de peinture à l’aide d’un couteau. On a envie de toucher, de sentir les creux, les plis, les rainures…

Puis, vient la photographie de commandes. Plus traditionnelle, plus formelle, en principe. Là encore, Bruno Houdayer sait insuffler une poésie et un graphisme inattendus. Tout en retransmettant la réalité d’un lieu et en captant l’effervescence, les moindres détails. Une fois de plus, il anime l’image fixe…

Muriel Carbonnet

Article paru dans le n° 97 de Béton[s] le Magazine.