Axel Dahl : Béton argentique

Muriel Carbonnet
07/07/2021

Grand collectionneur de photographies d'architecture, l’architecte Axel Schœnert a soutenu le projet du photographe Axel Dahl. Ce dernier a réalisé une série de photos purement artistiques, sur le chantier de la Maison Bayard, à Paris.

Article paru dans le n° 95 de Béton[s] le Magazine

Axel Dahl a su capturer l'âme du lieu. C’est cette démolition qu’a voulue immortaliser l’architecte Axel Schoenert, grand collectionneur de photographies d'architecture. Et c’est le photographe qui a capté ces instants. [©Axel Dahl]
Axel Dahl a su capturer l’âme du lieu. C’est cette démolition qu’a voulue immortaliser l’architecte Axel Schoenert, grand collectionneur de photographies d’architecture. Et c’est le photographe qui a capté ces instants. [©Axel Dahl]

L’agence Axel Schœnert architectes est en charge de l’ancien siège de la radio RTL, rue Bayard, dans le VIIIearrondissement de Paris. Le projet porte sur la restructuration lourde des immeubles post-haussmanniens, côté rue Bayard et de celui dit “comédie”, côté impasse d’Antin. Ainsi que sur la démolition et la reconstruction du bâtiment des années 1970. L’édifice est remplacé par une construction neuve en structure mixte bas carbone béton-bois, se développant sur sept étages et culminant à 25 m de hauteur. C’est cette démolition qu’a voulue immortaliser l’architecte Axel Schœnert, grand collectionneur de photographies d’architecture.

Une démarche artistique

Axel Dahl a su capturer l’âme du lieu. C’est cette démolition qu’a voulue immortaliser l’architecte Axel Schoenert, grand collectionneur de photographies d’architecture. Et c’est le photographe qui a capté ces instants. [©Axel Dahl]

Ceci, en soutenant le projet du photographe Axel Dahl. Ce dernier a réalisé une série d’images purement artistiques, sur ce chantier, avec un ancien appareil. Faisant ainsi ressortir les textures, les teintes et dégradés de couleurs, des matériaux épars çà et là… dans une finesse incomparable.« Cela fait dix ans que je collectionne des photos d’architecture. Ces dernières sont exposées dans l’agence, au 20 avenue de l’Opéra, dans le Ierarrondissement. J’aime la vision artistique d’un chantier que peuvent avoir les différents photographes. Les détails, les mises en scène…,explique Axel Schœnert. J’apprécie beaucoup le travail d’Axel Dahl, sa recherche de la lumière, ses cadrages, l’utilisation de vieux appareils… Ses photos sont comme des tableaux, d’autant plus qu’elles sont en noir et blanc ou en sépia. Ses mises en scène sont très fortes. »

Pendant dix ans photographe pour des magazines à papier glacé, Axel Dahl a été ensuite musicien, journaliste, puis réalisateur. Depuis 2011, retour à la photographie, toujours à la chambre, toujours argentique, avec cette fois pour seul focus une autre passion ancienne : l’architecture. 

Que des grands formats

L’architecte Axel Schoenert devant une photographie d’Axel Dahl, exposée à l’agence, dans le Ier arrondissement de Paris. [©Axel Dahl]

Axel Dahl en pleine action, à Niort. [©Axel Dahl]

L’appareil est une Sinar suisse, modèle Norma, format 20 x 25cm, produite entre 1948 et 1972. Ici, celle d’Axel Dahl devant se trouver quelque part autour de 1965. [©Axel Dahl]

« C’est un projet particulier pour moi, et un retour non seulement au noir et blanc, mais aussi au très grand format que j’ai beaucoup utilisé dans les années 1990. Avec les Polaroids 809 et la vrombissante machine à développer qui allait avec. ”Très-grand” signifie que les négatifs mesurent 20 cm sur 25 cm ! indique le photographe. Les prises de vue sont faites avec un 300 mm, objectif normal pour cette taille de négatif. Plus besoin de “réduire” à la prise pour agrandir après, le procédé est visuellement transparent. C’est ce que j’ai toujours ressenti dans les images faites dans ce format à travers le siècle. A savoir, une force d’exposition qui ne revient pas à une interprétation typiquement, parfois même caricaturalement, photographique, mais à la rectitude d’enregistrement. Evidemment, on ne fait pas quarante images, mais une seule. Elle compte. » 

C’est la première fois qu’Axel Dahl utilisait ce procédé, il n’a fait cela pour aucun autre chantier… pour l’instant.« C’est une série strictement plastique. J’ai farfouillé partout pour les prises de vue. Il n’’est pas possible d’utiliser le numérique pour ce genre de travail. Il faut prendre son temps. Je me suis posé plein de questions. »Dans les ruines de la Maison Bayard, le béton, le bois et le fer se mélangeaient. Axel Dahl a fouiné et en détails. Tout ce qu’il a “mis en boîte” a aujourd’hui disparu. Son reportage photographique est un véritable travail de mémoire du bâtiment. « Il faut garder une trace, de ce qui était, de ce qui est et de ce qui sera », conclut Axel Dahl.

Muriel Carbonnet

Article paru dans le n° 95 de Béton[s] le Magazine