Aimé Bonna : L’homme des tubes

Muriel Carbonnet
25/05/2021

On connaît bien l’industriel Bonna Sabla. Mais se souvient-on de son fondateur Aimé Bonna (1855-1930) qui est surtout connu pour avoir été l'inventeur du tuyau en béton armé ?

Aima Bonna, en 1905, en Espagne : il part à la conquête de l’Europe. [©Bonna Sabla]

Si l’on retrace les origines des ascendants directs d’Aimé Bonna, on peut remonter au XVIIe siècle avec Jean Bonna (1630-1701). Celui-ci était maçon, dans les Ardennes, tout comme son fils Jacques. On peut supposer que l’exercice de leur art était assez lucratif. Car il leur a permis d’amasser un pécule suffisant pour acquérir les terres qu’ont exploitées leurs descendants. C’est à Hirson, dans l’Aisne, qu’est né Aimé Bonna, en 1855. Nous sommes dans la première partie du Second Empire. Napoléon III gouverne en monarque absolu, crée des établissements financiers. Il lance des emprunts d’Etat et poursuit sa campagne de grands travaux. Les épisodes historiques s’enchaînent. Dans la plaquette publicitaire d’Aimé Bonna, éditée en 1907, on ne retrouve aucun titre universitaire. Mais toutes ses médailles, dont celle de 1872, décernée par l’Association française des sciences fusionnée avec l’Association scientifique de France. Cette décoration à caractère scientifique n’est pas commune pour l’époque. Le titre d’ingénieur est incontestablement dû à l’intéressé, même s’il n’a pas donné lieu à un diplôme. Entre 1879 et 1882, il débute au Service des eaux de la préfecture du département de la Seine. Et se confronte aux questions posées par la rémunération de la distribution de l’eau à usage domestique et industriel.

L’anticipation.

Entre 1894 et 1924, son entreprise aura fabriqué et posé pour la seule Ville de Paris 297 km de canalisations. [©Bonna Sabla]

Aimé Bonna met à profit la période de la mise en place de l’aqueduc entre Conflans et Cormeilles (21 km) et des usines. Ceci, pour se préparer à faire face à l’inévitable accélération qui caractérisera les travaux d’épandage, entre Saint-Germain-en-Laye, Conflans-Sainte-Honorine et Paris. Le 8 mai 1893, il brevète un procédé visant à concurrencer le traditionnel tuyau en fonte. Il propose un diamètre plus important : le tuyau en béton armé “âme-tôle” est né. Convaincu que son invention peut détrôner le traditionnel tuyau en fonte, et alléché par l’ampleur du projet, il monte sa propre entreprise. Et installe une usine de production de tuyaux selon son procédé sur le territoire des communes d’Achères et de Conflans.

L’avenir montrera qu’il ne s’est pas trompé. Entre 1894 et 1924, son entreprise aura fabriqué et posé pour la seule Ville de Paris 297 km de canalisations. Parmi lesquels figure l’équipement en tuyaux d’irrigation du parc agricole de la plaine d’Achères. Au-delà du marché parisien qui finit par s’épuiser, il étend son activité en province et à l’étranger (Belgique, Grande-Bretagne, Espagne). En 1924, âgé de 69 ans, il met un terme à ses activités professionnelles et vend à la Compagnie générale des eaux son entreprise qui prend le nom de Société des tuyaux Bonna. Et qui, par la suite, deviendra Bonna Sabla.

le tuyau “âme-tôle” reste une référence.

[©Bonna Sabla]

Retraité, Aimé Bonna n’en reste pas moins inactif. Quelques années plus tard, il se lance dans une nouvelle aventure. Celle-ci lui permettra de trouver au béton armé qui a fait sa fortune une autre application, moins lucrative, mais plus spirituelle. Il s’attaque à la construction d’une église à Hirson, son village natal. Mais n’en verra pas la réalisation, mourant en 1930.

Aujourd’hui, le tuyau “âme-tôle” reste une référence qu’on retrouve à travers la planète. Et son œuvre perdure grâce à Bonna Sabla, devenu leader français des solutions en béton préfabriqué au sein du groupe Consolis. L’innovation chère à Aimé Bonna est au cœur de l’entreprise qui développe en permanence de nouvelles gammes de bétons. Et accompagne les grands projets, dont on peut citer le Mucem, à Marseille, le stade Jean Bouin, à Paris, et la Fondation Louis Vuitton, à Paris aussi.

Muriel Carbonnet