Zaha Hadid : Briseuse de lignes

Muriel Carbonnet
08/09/2020

Décédée en 2016, la architecte britannique d'origine irakienne Zaha Hadid fut la première des “starchitectes” féminines, faisant partie des élus au prestigieux prix Pritzker (2004), dont la création remonte à 1848... Retour sur son parcours révolutionnaire.

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Fantasque, avant-gardiste, Zaha Hadid a laissé une empreinte indélébile sur le monde de l’architecture. [©Brigitte Lacombe]
Fantasque, avant-gardiste, Zaha Hadid a laissé une empreinte indélébile sur le monde de l’architecture. [©Brigitte Lacombe]

Zaha Hadid est née en 1950 à Bagdad, en Irak. C’est après avoir étudié les mathématiques qu’elle s’oriente vers l’architecture, en 1972. Diplômée de l’Architectural Association de Londres en 1977, elle crée sa propre agence londonienne dès 1979.

Connue pour ses peintures et ses dessins aux lignes acérées, Zaha Hadid concevait ses bâtiments comme des paysages en mouvement, fragmentés et aux perspectives multiples. Une démarche portée par son associé Patrik Schumacher et amplifiée par une utilisation poussée des outils numériques de conception.

Une architecte révolutionnaire

Les 42 000 m² de la bibliothèque de Vienne, conçue par Zaha Hadid, s'élèvent tel un bloc octogonal au sein du campus dédié aux sciences sociales et économiques. Les lignes droites à l'extérieur du bâtiment deviennent courbes à mesure que l'on entre dans la bibliothèque.  [©Pezi]
Les 42 000 m² de la bibliothèque de Vienne, conçue par Zaha Hadid, s’élèvent tel un bloc octogonal au sein du campus dédié aux sciences sociales et économiques. Les lignes droites à l’extérieur du bâtiment deviennent courbes à mesure que l’on entre dans la bibliothèque. [©Pezi]

Le nom de Zaha Hadid figure aujourd’hui parmi les artistes les plus renommés du déconstructivisme, tel Frank Gehry. Mais elle est surtout une figure majeure de ce que certains historiens de l’architecture appellent désormais le “paramétricisme”. « Ce style nouveau succède au post-modernisme et au déconstructivisme. Le modernisme se fondait sur le concept d’espace. Le paramétricisme différencie les champs. Ces derniers sont remplis, comme occupés par un médium fluide. De la composition des parties, nous nous orientons vers des champs de particules dynamiques. On pourrait penser à des liquides en mouvement, structurés par des vagues irradiantes, des flux laminaires et des tourbillons en spirale1».

Le Phaeno est un musée de vulgarisation scientifique situé à Wolfsbourg, en Allemagne. Il a été construit par l'architecte Zaha Hadid entre 2000 et 2005. Il mesure plus de 9 000 m2 de superficie pour une hauteur de 16 m. Il est fait de béton et d'acier en majorité. [©Wikipedia]
Le Phaeno est un musée de vulgarisation scientifique situé à Wolfsbourg, en Allemagne. Il a été construit par l’architecte Zaha Hadid entre 2000 et 2005. Il mesure plus de 9 000 m2 de superficie pour une hauteur de 16 m. Il est fait de béton et d’acier en majorité. [©Wikipedia]

La carrière de Zaha Hadid connaît des débuts lents et tortueux. Dans les années 1980, ses projets sont tout de suite classés comme difficiles, voire impossibles, à construire. « Je n’ai pas été acceptée en tant qu’architecte. Je suis toujours considérée comme à part, malgré tout ce que j’ai fait. Cela ne me dérange pas. C’est une bonne place. […] J’étais une femme et je faisais des choses étranges… J’ai tout de suite été stigmatisée. »

« Architecte : le mot est faible pour brosser le portrait de Zaha Hadid, également mathématicienne, designer d’intérieur. Et enfin, bien qu’elle en refuse le titre, artiste au tempérament fougueux. L’Irako-Britannique a même enseigné dans les universités les plus prestigieuses du monde, de Columbia à Yale, en passant par Cambridge », pouvait-on lire dans les hommages posthumes.

Fantasque, avant-gardiste, Zaha Hadid a laissé une empreinte indélébile sur le monde de l’architecture. On parle de “son futurisme audacieux”. En effet, l’architecte anglaise a brisé les codes et redéfini les règles. A l’heure de sa disparition brutale en 2016, elle appartenait à l’élite de l’architecture mondiale des années 2000. Dans ce sens, Zaha Hadid fut une architecte révolutionnaire. 

La “Reine de la courbe”

Jockey Club Innovation Tower est un bâtiment de l'université polytechnique de Hong Kong situé sur Chatham Road South dans le district de Hung Hom, à Kowloon. Il a été conçu par l'architecte lauréate du prix Pritzker Zaha Hadid. Ce bâtiment est son premier travail permanent à Hong Kong. [©Doublespace Photography]
Jockey Club Innovation Tower est un bâtiment de l’université polytechnique de Hong Kong situé sur Chatham Road South dans le district de Hung Hom, à Kowloon. Il a été conçu par l’architecte lauréate du prix Pritzker Zaha Hadid. Ce bâtiment est son premier travail permanent à Hong Kong. [©Doublespace Photography]

Au cours des dernières années de sa vie, ses visions audacieuses sont devenues réalité malgré ses détracteurs. Marquant ainsi les villes et diverses structures d’un langage architectural unique et novateur. Et ce, en béton, toujours en béton. Comme en témoignent le Centre d’art contemporain Rosenthal à Cincinnati (Etats-Unis), le musée d’art contemporain Maxxi à Rome (Italie), l’opéra de Canton (Chine) et le Centre aquatique de Londres (Royaume-Uni) pour les Jeux olympiques de 2012.

Ses idées audacieuses ont été réalisées, insufflant un répertoire nouveau et unique en architecture. Dont la Maison du port à Anvers (Belgique), le stade Al Janoub au Sud de Doha (Quatar) et le spectaculaire terminal aéroportuaire de Beijing (Chine). Zaha Hadid refusait le linéaire de l’architecture contemporaine. Son style était basé sur les courbes. Elle vantait les formes flottantes, fluides, sinusoïdales et les conceptions architecturales high-tech. Son talent était à la croisée des mondes de l’architecture, artistique et du design.

Le MAXXI se trouve à l’intérieur de la grande œuvre architectonique aux formes novatrices et spectaculaires imaginée par Zaha Hadid dans le quartier Flaminio de Rome. Avec ses 27 000 m² environ, l’ensemble s’intègre dans le tissu de la ville et constitue un nouvel espace urbain ouvert, articulé et “perméable” au passage. [©Wikipédia]
Le MAXXI se trouve à l’intérieur de la grande œuvre architectonique aux formes novatrices et spectaculaires imaginée par Zaha Hadid dans le quartier Flaminio de Rome. Avec ses 27 000 m² environ, l’ensemble s’intègre dans le tissu de la ville et constitue un nouvel espace urbain ouvert, articulé et “perméable” au passage. [©Wikipédia]

Ses créations sont à la fois complexes et légères, illustrant un monde futuriste qui présente de nouveaux concepts spatiaux. Certains de ses projets sont présentés à titre posthume, notamment la statuette de Brit Awards 2017. Ainsi que plusieurs bâtiments, qui étaient en encore en construction au moment de sa mort, dont le stade Al Wakrah, au Quatar ou la gare maritime ultra moderne de Salerne, dans le Sud de l’Italie.

Muriel Carbonnet

1Texte publié dans le catalogue de la Biennale d’architecture de Venise en 2008.

Retrouvez tout l’univers de Zaha Hadid dans l’ouvrage “Zaha Hadid. Complete Works 1979–Today”, 2020, Editions Tashen, Philip Jodidio, 50€. [©Tashen]
Retrouvez tout l’univers de Zaha Hadid dans l’ouvrage “Zaha Hadid. Complete Works 1979–Today”, 2020, Editions Tashen, Philip Jodidio, 50€. [©Tashen]

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