Unicem : Un taux de recyclage de 100 % en ligne de mire

Frédéric Gluzicki
09/10/2019

Pari gagné pour la collecte, le recyclage et la valorisation des déchets du BTP. Le seuil des 70 % a été franchi, permettant de couvrir près de 28 % des besoins en granulats en France. Aujourd’hui, menée par l’Unicem, la profession veut aller encore plus loin, visant les 100 %...

Retrouvez cet article dans le n° 947 de CBPC, supplément de Béton[s] le Magazine n° 84

Le seuil des 70 % des déchets du BTP valorisés a été atteint et même dépassé, dès 2018. [©ACPresse]
Le seuil des 70 % des déchets du BTP valorisés a été atteint et même dépassé, dès 2018. [©ACPresse]

En France, les déchets du BTP représentent quelque 227 Mt, dont 93 % sont dits “inertes”, soit 211 Mt. En d’autres termes : neutres pour l’homme et pour l’environnement. Viennent ensuite 13 Mt de déchets dits “non dangereux” et, enfin, 3 Mt de déchets dangereux. Ce qui donne respectivement 6 % et 1 %… 

En parallèle, les besoins nationaux en granulats atteignent 435 Mt/an. L’essentiel – 314 Mt – est alimenté par les carrières à partir de matières premières extraites du sol ou des rivières. Le solde est réparti entre les matériaux artificiels (4,1 Mt issues des résidus de l’industrie) et les matériaux réutilisés sur les chantiers (51,4 Mt), principalement des terres non polluées. Enfin, 65,5 Mt sont constituées de matériaux recyclés sur des plates-formes dédiées.

Ainsi, le recyclage et le réemploi assurent 28 % des besoins nationaux en granulats. Mais ce taux peut encore progresser. C’est là tout l’objet de la démarche “Engagement pour la croissance verte” (ECV) dans laquelle la filière – à savoir, l’Unicem1, associée à l’UNPG2et au SNBPE3 – est investie depuis plusieurs années déjà. Et formaliser en avril 2016, à travers la signature, avec l’Etat, de l’un des tout premiers ECV. « L’économie circulaire, nous la pratiquons depuis longtemps… », indique Christophe Jozon, président de la commission “Economie circulaire” à l’Unicem. 

L’Etat s’est engagé…

Plusieurs objectifs sont visés par la profession. Tout d’abord, une utilisation plus rationnelle des ressources. Puis, une amélioration et un développement du recyclage des déchets inertes du BTP. Et pour finir, une information et une sensibilisation des acteurs du recyclage et des maîtres d’ouvrage. 

De son côté, l’Etat a pris plusieurs engagements, dont le premier est de favoriser la collaboration entre ses services et les acteurs économiques. L’évolution des normes en constitue le deuxième pan. Un travail est aussi prévu autour des conditions d’admission des déchets dans les installations de traitement. Le dernier point concerne la sensibilisation des acteurs publics et l’élaboration de supports techniques d’information. 

En parallèle, l’Union européenne avait fixé comme objectif que 70 % des déchets du BTP soient valorisés à l’horizon 2020. Un objectif qui figure aussi dans la loi du 17 août 2015, relative à la Transition énergétique pour la croissance verte.« Dès 2018, ce seuil des 70 % a été atteint et même dépassé », souligne Christophe Jozon. 

En regardant les chiffres de plus près, on peut voir que les 211 Mt de déchets inertes trouvent plusieurs sources. Pour plus de la moitié (115 Mt), il s’agit de terres non polluées. Autrement dit, des matériaux directement issus de travaux de terrassement, très simples à réutiliser in situ ou valorisables comme remblais en carrières. Pour 21 Mt, ce sont des mélanges de déchets inertes… 

Christophe Jozon, président de la commission “Economie circulaire” à l’Unicem : « L’économie circulaire, nous la pratiquons depuis longtemps... » [©ACPresse]
Christophe Jozon, président de la commission “Economie circulaire” à l’Unicem : « L’économie circulaire, nous la pratiquons depuis longtemps… » [©ACPresse]

Une marge de progression de 16 Mt

La dernière part est représentée par des graves et matériaux rocheux (27 Mt), des bétons de démolition (19 Mt) et des déchets d’enrobé (24 Mt). A tout ceci s’ajoutent encore 5 Mt de briques, tuiles et ardoises… A l’heure actuelle, 148 Mt de ces déchets inertes sont recyclées ou valorisées : 32 Mt en carrières comme remblais, 51 Mt directement sur chantier et 65 Mt sont recyclées via des plates-formes spécialisées. Ainsi, le taux de performance de la filière “internes” atteint 70,14 % pour être précis (le solde finissant en décharges). Ce chiffre grimpe même à 80 % en ce qui concerne le recyclage des matériaux par rapport au potentiel total. « Là, nous sommes en mesure de faire encore mieux », annonce Christophe Jozon. En effet, le poids total de matériaux recyclables disponibles aujourd’hui en France est de 81 Mt, soit une marge de progression de 16 Mt ou de 20 %. 

Pour poursuivre les efforts engagés, la filière étudie aujourd’hui un nouvel Engagement pour la croissance verte, qu’elle se propose de soumettre à l’Etat pour signature. Aucun calendrier n’est encore en place, mais l’intention est là. 

Dans cette version II, qui couvrirait la période 2019-2022, la filière envisage un élargissement vers d’autres axes, tels que la pérennisation des approvisionnements durables en matériaux pour la construction et l’industrie. Mais aussi vers plus de transition énergétique et une meilleure préservation de la biodiversité. 

Enquête annuelle 2017, douanes et droits indirects 2018 - Enquête “Déchets et déblais BTP” (EDD 2014) CGDD - SDES [©Unicem]
Enquête annuelle 2017, douanes et droits indirects 2018 – Enquête “Déchets et déblais BTP” (EDD 2014) CGDD – SDES [©Unicem]

Sortir du statut de “déchet”

Bien entendu, l’économie circulaire reste au cœur de la démarche et la poursuite des actions de terrain et de sensibilisation est plus que jamais d’actualité. Le but final est d’atteindre 90 % de taux de recyclage des déchets inertes à l’horizon 2025. Soit une progression de l’ordre de 8 Mt, ce qui permettrait de couvrir plus de 30 % des besoins en granulats pour la construction en France, contre 28 % aujourd’hui. En parallèle, la filière prévoit la mise en place d’expérimentations ouvrant la voie vers un recyclage à 100 %.

Ceci, bien entendu, dans certaines conditions et pour des chantiers spécifiques. Il apparaît évident que la démarche ne sera valable que si elle est viable d’un point de vue économique et/ou environnemental. Si le lieu de production et le lieu de la réutilisation ou du recyclage sont trop éloignés, cela ne fonctionne plus, par exemple… Toutefois, si ce taux de recyclage total devient possible à grande échelle, il permettra de couvrir, au mieux, 32 % des besoins en granulats pour la construction. 

Un dernier point concerne le volet juridique et réglementaire, qui viendrait s’ajouter à certains travaux particuliers. Travaux portant sur la requalification et la sortie du statut de “déchet”, a minima pour les “inertes”. Un terme comme “co-produits” rend tout de suite ces matériaux plus attractifs (pour ne pas dire “sexy” !). Enfin, l’élargissement du périmètre du marquage CE pour une meilleure traçabilité des granulats recyclés serait aussi une très bonne chose. Une démarche et des travaux à suivre, donc. 

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