SNBPE : Point d’étape autour de la RE 2020

Frédéric Gluzicki
06/02/2024
Modifié le 05/04/2024 à 14:20

Un peu plus de 18 mois après l’entrée en application de la RE 2020, le Syndicat national du béton prêt à l’emploi fait un point d’étape. Et présente ses réponses pour aller plus loin...

Article paru dans Béton[s] le Magazine n°110

Jusqu’au mois de décembre 2023, Jean-Marc Golberg (Lafarge) était le président du Syndicat national du béton prêt à l’emploi. Jean-Marie Modica (Cemex) lui a succédé. [©ACPresse]
Jusqu’au mois de décembre 2023, Jean-Marc Golberg (Lafarge) était le président du Syndicat national du béton prêt à l’emploi (SNBPE). Jean-Marie Modica (Cemex) lui a succédé. [©ACPresse]

« Il ne sert à rien d’opposer les matériaux. Et puis, il y a des ouvrages ou éléments d’ouvrage qui ne pourront être réalisés qu’en béton. A contrario, dans les structures plus légères, il y a des choses à faire. » Ces mots, on les doit à Jean-Marc Golberg, ancien président du SNBPE, à l’occasion du point d’étape sur la RE 2020 organisé par le syndicat à l’automne dernier. L’une des options est de miser sur la mixité des matériaux. La filière s’y emploie et en fait même la promotion. Avec, pour objectif final d’œuvrer à la décarbonation du secteur de la construction. Chacun semble avoir compris qu’il n’y a pas d’autre voie possible. Puis, la RE 2020 laisse peu d’alternatives.

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Toutefois, une remise en perspective du matériau béton n’est pas inutile. « En France, le béton, c’est à peine 0,2 t de CO2/hab/an, à comparer aux 11 t globales émises par chaque citoyen de l’Hexagone sur la même période. En autres termes, le béton ne représente que 1,8 % des émissions annuelles nationales », rappelle Jean-Marc Golberg. Les esprits chagrins diront que c’est encore trop. La filière en est bien consciente et entend fournir sa part d’effort. Elle s’y est même engagée, à travers sa feuille de route, remise à jour en mai 2023. L’objectif annoncé est de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre dès 2030 (par rapport à 2015) et atteindre la quasi-neutralité à l’orée de 2050…

Une sorte de document pré-normatif.

Au niveau du béton, les voies pour y arriver sont nombreuses. Miser sur la performance, c’est-à-dire choisir la classe environnementale de béton appropriée pour un usage donné. Profiter de l’efficience du béton, donc éco-concevoir son projet pour utiliser le bon matériau au bon endroit. Utiliser les performances techniques du béton, à travers la formulation de bétons bas carbone et en accompagnant les concepteurs. A ce niveau, une petite mise au point est nécessaire : « A ce jour, il n’y a pas de cadre normatif précis qui définit ce qu’est un béton bas carbone”, explique Jean-Marc Golberg. Aussi, le SNBPE a-t-il publié des “seuils”. Ainsi, à 15 % de réduction de CO2, un béton est considéré “à empreinte carbone réduite”. » Ce terme est d’ailleurs à privilégier pour parler de ce type de bétons, en attendant que la publication d’un référentiel qui fasse consensus. Celui-ci est même déjà annoncé. Il s’agira d’un Fascicule de documentation, dont la sortie doit intervenir d’ici la mi-2024. Il donnera un mode de classification des bétons selon leur classe de réduction de carbone. « Ce sera une sorte de document pré-normatif. En parallèle, un travail sera fait au niveau européen sur le même sujet. Il y aura donc une certaine similarité. L’approche française sera intégrée dans l’approche européenne », précise Jean-Marc Potier, directeur technique du SNBPE.

Annoncer des bonnes nouvelles.

Le point d’étape “RE 2020” du SNBPE fut aussi l’occasion de rappeler ce qui existe pour tendre vers plus de neutralité carbone. Déjà, utiliser des ciments moins carbonés. Ensuite, substituer une partie de ce ciment par des additions. Adjuvanter aussi. Et, enfin, utiliser la méthode performantielle, plus simple d’approche depuis l’entrée en application de la nouvelle version norme béton (NF EN 206/CN+A2 d’octobre 2022). Toutefois, la mettre en œuvre demande six mois d’études préliminaires : il faut donc l’anticiper. « Pour mémoire, l’approche prescriptive est une obligation de moyen. L’approche performantielle est une obligation de résultat. On fait ce qu’on veut, à condition de respecter le résultat attendu et la manière de le mesurer, qui est d’ailleurs normée. »

En continuant le déroulé du point d’étape, le SNBPE en a profité pour annoncer de bonnes nouvelles. Par exemple, la disponibilité de Fdes collectives bétons bas carbone, depuis 2022. Quant aux Fdes individuelles classiques concernant les produits en béton, elles sont au nombre de 80. De son côté, le configurateur BETie, qui calcule les impacts environnementaux, arrivera dans sa version 4.0 dans le courant de l’année 2024…

L’après RE 2020.

Sur le terrain, les constatations sont aussi nombreuses. « Les entreprises sont motivées pour bien appliquer la RE 2020 », résume Jean-Marc Golberg. Les témoignages présents dans les pages suivantes en sont d’ailleurs le reflet et la confirmation. Côté chiffres, les bétons dits “bas carbone” représentent aujourd’hui environ 10 % des bétons vendus. D’ici à 2030, ils devraient passer le cap des 50 %. Passage qui devrait être d’autant plus facilité que « Le nombre de nouveaux produits qui arrivent sur le marché n’a jamais été aussi important ! »

Enfin, il est difficile de juger le chemin déjà parcouru sans porter un regard sur la route qu’il reste encore à faire. Dans ce contexte, la question qui vient tout de suite à l’esprit est de savoir ce que sera la RE 2020 une fois passer le seuil de 2031 ? « Elle deviendra une démarche multi-critères », annonce Jean-Marc Golberg. Du moins, c’est à ça qu’aspire le SNBPE. Et de mettre en place le projet Cap 30. « Il va s’agir de faire émerger un cadre commun de références, au-delà de la RE 2020. Ce travail vise à élargir l’actuel champ réglementaire à d’autres aspects. » Pour y parvenir, neuf groupes de travail ont démarré leurs travaux en septembre 2023. Tout d’abord, la neutralité carbone (GT 1), la mesure de performances (GT 2), l’énergie (GT 3), la qualité de l’environnement intérieur (GT 4) et la gestion de l’eau (GT 5). Puis, l’économie circulaire (GT 6), la biodiversité (GT 7), l’adaptation au changement climatique (GT 8) et le “low-tech” ou l’innovation simple, efficace et en phase avec l’environnement (GT transverse). Une affaire à suivre…

Frédéric Gluzicki

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Article paru dans Béton[s] le Magazine n°110

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