Siège de l’Unesco : L’étoile à trois branches

Rédaction
04/08/2015

Le siège de l'Unesco, à Paris, est le fruit du travail commun de trois architectes : le Français Bernard Zehrfuss, l'Américain Marcel Breuer et l'Italien Pier Luigi Nervi. Retour sur un projet de portée mondiale qui a connu bien des crises de 1946 à 1958.

Forme en double Y, le bâtiment principal de l’Unesco a revêtu un caractère colossal pour l’époque.

Forme en double Y, le bâtiment principal de l’Unesco a revêtu un caractère colossal pour l’époque.

En 1946, sous les prémices de la IVe République, Léon Blum réussit à faire transférer le siège de l’Unesco à Paris, qui s’installe temporairement avenue Kléber, dans l’ancien hôtel Majestic. Mais cette entité doit avoir son propre espace, sa propre architecture. L’idée mûrit jusqu’en 1953 quant à l’emplacement définitif, aux modalités de financement, aux choix des architectes, aux plans… « Le Corbusier veut s’approprier la construction du nouveau bâtiment, il voit là sa dernière chance de laisser une empreinte majeure dans la capitale.1 » Mais les Etats-Unis refusent. A sa stratégie de “conquête”, l’organisation des Nations Unies oppose sa dimension internationale et les spécificités de son fonctionnement. En 1951, le projet est enfin lancé. L’architecte français Eugène Beaudouin est chargé d’aménager le site. Il multiplie en vain les études pour finalement être limogé en 1952. Bernard Zehrfuss, Marcel Breuer et Pier Luigi Nervi sont alors appelés à la rescousse. Ils donnent plusieurs réponses pour sauver une commande “minée par l’ambition de Le Corbusier et enlisée dans les contraintes urbaines parisiennes strictes.2” Leurs plans sont supervisés et seront validés par un comité international de cinq architectes : Lucio Costa (Brésil), Walter Gropius (Etats-Unis), Le Corbusier (France), Sven Markelius (Suède) et Ernesto Nathan Rogers (Italie), avec la collaboration de Eero Saarinen (Finlande).

Les choses se précisent enfin.

Le choix se porte définitivement sur un vaste quadrilatère contenu entre la place Fontenoy et les avenues de Saxe, de Ségur, de Suffren et de Lowendal, au cœur du VIIe arrondissement. Rue Arsène Houssaye, dans les locaux de l’agence Zehrfuss où le trio international d’architectes s’installe, un nouveau projet prend forme, est abandonné, puis les études reprennent avec une autre approche. Enfin, le permis de construire est déposé en mars 1954 alors que les conservatistes parisiens se déchaînent contre le projet. C’est grâce à l’intervention d’Eugène Claudius-Petit, tout juste nommé ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme par intérim, que la situation se débloque. L’appel d’offres est lancé en avril : 110 entreprises y répondent. Le 10 avril 1955 est posée la première pierre, tandis que commencent fouilles et excavations. “D’une forêt d’échafaudages et de sept strates d’étais et de banches émergent deux formes singulières, surmontées de grues et côtoyées par l’aire de préfabrication des dalles de plancher.3” Coque de béton sur un plan trapézoïdal, le bâtiment des conférences fait 68 m de hauteur, une longueur variable de 34 à 60 m et une largeur de 47 m. Impressionnant par ses dimensions et ses plis. Ceux de sa toiture se composent de douze portiques à deux travées en V renversés, juxtaposés et solidaires. Ils prennent appui sur une ligne de six poteaux centraux espacés de 8 m et sur les murs de façade inclinés, distants de 40 m côté “piazza” et de 28 m côté avenue Ségur, et chacun composé de douze plis (ou ondes) verticaux.

Une aire engazonnée, la Piazza

Le 3 novembre 1958, le principal bâtiment est inauguré. Les collaborateurs permanents, les membres des délégations, les visiteurs et la presse découvrent des volumes en double Y aux courbes vitrées, voisinant avec les plis des voiles de béton aveugles posés sur une aire engazonnée baptisée “piazza”, parsemée d’arbres fruitiers, de roches, d’œuvres d’art, de jardins d’eau…, aux salles monumentales brutes et aux piliers de béton clair. Cette œuvre suscite l’enthousiasme par sa mise en majesté de l’espace sans décorum et son esthétique dépouillée. Surnommé « l’étoile à trois branches », l’édifice tout entier repose sur 72 pilotis de béton. Une ode au béton qui sera complétée par le bâtiment dit “en accordéon”, celui cubique et enfin, une quatrième construction de 2 étages de bureaux en sous-sol, autour d’une série de six petits patios en creux.