Seddre : Evaluer l’économie carbone des déchets du bâtiment

Frédéric Gluzicki
06/10/2019

Avoir à disposition un potentiel de déchets valorisables est un bon départ, mais en connaître le bilan carbone devrait permettre d’aller plus loin dans la démarche. Le Seddre en publie une bonne évaluation...

Retrouvez cet article dans le n° 949 de Process Industriels, supplément de Béton[s] le Magazine n°89

La totalité du gisement de béton de démolition du bâtiment disponible en France est de 17 Mt/an. [©Seddre]
La totalité du gisement de béton de démolition du bâtiment disponible en France est de 17 Mt/an. [©Seddre]

Valoriser des déchets issus du bâtiment est entré dans les mœurs. Le potentiel est très important, même si la démarche n’est pas encore systématique. En France, la capacité est de 46 Mt/an, d’après l’étude réalisée par le Syndicat des entreprises de déconstruction, démolition et recyclage (Seddre). En partenariat avec le bureau d’études Crowe Sustainable Metrics. 

Ce chiffre concentre trois origines pour les déchets : démolition/déconstruction (part la plus importante), réhabilitation/rénovation et construction neuve. Les déchets produits sont aussi de trois types : inertes (73 %), non dangereux non inertes (22 %) et déchets dangereux (5 %). Par ailleurs, les 46 Mt/an de déchets du bâtiment doivent être mises en regard avec le potentiel global national. Celui ci est de 323,2 Mt/an, dont 185,3 Mt originaires des travaux publics. Enfin, les déchets des activités économiques (hors BTP) représentent 62,5 Mt. Quant aux déchets ménagers flirtent avec les 30,6 Mt et ceux des collectivités atteignent 3,8 Mt. 

Avoir à disposition un potentiel de déchets valorisables est un bon départ. Mais en connaître le bilan carbone devrait permettre d’aller plus loin dans la démarche. C’est le plus que propose le Seddre à travers son étude. « L’idée est de faire progresser l’ensemble de la filière pour réduire l’empreinte carbone du processus de valorisation des déchets du bâtiment », confirme Elodie Rivière, ingénieure environnement au Seddre. 

Des kg équivalent CO2

Le principe de calcul part des indicateurs physiques ou monétaires reflétant une activité. Des facteurs d’émissions multiplient ces données. C’est-à-dire un ratio moyen d’émissions pour une activité donnée (c’est l’équivalent d’une analyse de cycle de vie jugée représentative). Le résultat donne une émission de gaz à effet de serre (Ges), directe ou indirecte liée à une activité. Les émissions de Ges sont mesurées en kilogrammes équivalent gaz carbonique, notées “kgCO2e”. Par ailleurs, “équivalent CO2” signifie que l’ensemble des gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O…) sont intégrés à la mesure d’impact. 

Dans ce contexte, on estime que 1 tCO2e correspond à un aller-retour Paris/New York en avion pour une personne, un trajet de 5 400 km en voiture (ou 320 l de gazole) ou encore la production de 11 t de béton (non recyclé). 

Le Seddre a illustré son propos à travers plusieurs exemples concrets, dont l’évaluation de la valorisation de 1 t de déchets de béton. Celle-ci engendre un bénéfice global de 27 kgCO2e évités. Comment l’organisme est-il arrivé à ce chiffre ? La production de 1 t de matériaux vierges (granulats) génère en principe 53 kgCO2e. Le fait de substituer ce poids par des granulats recyclés évite l’émission de ce volume de Ges. Toutefois, les étapes de tri et de transformation des déchets sont émettrices de Ges : 1,2 kgCO2e (tri/regroupement) et 24,8 kgCO2e (transformation). Soit un total de 26 kgCO2e émis.

En soustrayant ce volume au 53 kgCO2e non émis, on arrive au bénéfice de 27 kgCO2e… CQFD ! De ceci, il faut encore enlever le CO2émis lors des diverses étapes de transport. Mais ces émissions sont présentes que les matériaux soient neufs ou originaires de la valorisation. 

Chaque kilogramme de béton valorisé est autant de matériau neuf non consommé et de gaz à effet de serre non émis. [©Seddre]
Chaque kilogramme de béton valorisé est autant de matériau neuf non consommé et de gaz à effet de serre non émis. [©Seddre]

Des enseignements à en tirer

En extrapolant à la totalité du gisement de béton de démolition du bâtiment disponible en France – 17 Mt -, « le bénéficie global pourrait s’élever à 459 000 tCO2e évités », indique Elodie Rivière. Ce qui correspond aux émissions annuelles de Ges d’une ville de 40 000 habitants. En considérant les pertes durant le processus de collecte, de tri, de regroupement et de transformation, quelque 16 Mt de matières premières restent disponibles pour une nouvelle utilisation. Soit autant de matériaux vierges économisés (pour 0,9 MtCO2e non émis). 

Le Seddre a réalisé le même type d’évaluations pour les autres matériaux issus de la déconstruction : bois, métaux, plâtre, déchets inertes en mélange et déchets non dangereux en mélange…

Ainsi, cette étude tire plusieurs enseignements et préconisations. Tout d’abord, le tri à la source des déchets revêt une importance cruciale pour garantir la qualité finale des matières premières.

Pour être viables en termes d’émissions de GES, les distances parcourues doivent aussi être réduites. Un maillage du territoire en plates-formes de valorisation des déchets est donc à mettre en place. Enfin, le travail d’amélioration de la performance énergétique des engins n’est pas à négliger. Il est indispensable de réduire les temps d’utilisation des équipements, tout en envisageant un passage à des motorisations hybrides, par exemple. 

[©Seddre]
[©Seddre]

Qu’est-ce qui se cache derrière le Seddre ?

Le Seddre est l’acronyme de Syndicat des entreprises de déconstruction, démolition et recyclage. Il a été créé il y a tout juste deux ans (le 1erjuin 2018) de la fusion de deux organismes. D’un côté, le Syndicat national des entreprises de démolition (Sned). De l’autre, le Syndicat des recycleurs des déchets du BTP (SR-BTP). Membre de la Fédération française du bâtiment (FFB), le Seddre réunit quatre métiers aujourd’hui : déconstruction, désamiantage/déplombage, sciage/carottage et recyclage. Dans son ensemble, cette filière représente 7 500 salariés répartis dans quelque 250 entreprises spécialisées. Cette profession réalise un chiffre d’affaires global annuel de l’ordre de 1,3 Md€.

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