La performance énergétique des bâtiments décortiquée

Sivagami Casimir
09/09/2020

Selon une étude du service des données et études statistiques, 17 % du parc de logements français sont des passoires thermiques.

Les labels “Energie et Carbone” définissent plusieurs niveaux, permettant d’accéder progressivement aux critères probables de la RE 2020. [©Source Effinergie]
Le diagnostic de performance énergétique permet de “classer” la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre des logements. [©Source Effinergie]

C’est LA grande thématique de ces dernières années : la rénovation énergétique des bâtiments est sur toutes les lèvres. La longue liste des plans d’attaque, des lois et des aides peut en témoigner. Pourtant, ces multiples dispositifs et les milliards d’euros déjà mis en jeu ne permettent pas, dans l’état, d’atteindre les objectifs de neutralité carbone fixés pour 2050. Et la route est longue… Une étude du service des données et études statistiques (SDES), dépendant du gouvernement, permet d’avoir une vision globale du parc de logements français par classe de consommation énergétique.

Ainsi, sur les 29 M de résidences principales (au 1er janvier 2018), près de 1,9 M (6,6 % du parc) disposent d’une étiquette A et B, selon le diagnostic de performance énergétique (DPE) en vigueur. Les passoires thermiques (étiquettes F et G) représentent, elles, près de 17 % du parc, soit 4,8 M d’habitats. Les logements qui se situent dans les étiquettes D et E sont les plus représentés, avec respectivement 34 % et 24 % de parts du parc. Malgré les différentes configurations, des tendances se détachent sur la typologie des logements classés F et G.

Le parc social moins énergivore que le privé

Les passoires thermiques sont plus représentées dans le secteur de la maison individuelle que dans l’habitat collectif. Pourtant, près de 36 % des logements de moins de 30 m2 ont une étiquette F ou G, contre 13 % pour les plus de 100 m2. Du côté du statut d’occupation, le parc social se détache. Il ne représente que 7 % des DPE classés F et G, quand le parc privé atteint les 18,7 %.

« Ce qui s’explique par une forte prévalence du chauffage collectif au gaz, ainsi que par un effort de rénovation ciblé, détaille l’étude. En croisant avec le type de logements occupés, le taux de logements très énergivores est similaire dans le parc locatif privé entre maisons et appartements. En revanche, pour les logements occupés par leur propriétaire, la part de logements d’étiquettes F ou G est bien plus forte pour les maisons (18 %) que pour les appartements (12 %). »

D’un point de vue du maillage territorial, la part “d’énergivores” varie selon le département. Elle est plus faible dans les régions au climat plus doux comme dans l’arc méditerranéen et le Sud de la façade atlantique. Le SDES relève 6 % de passoires thermiques dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes ou en Gironde. A l’inverse, les régions rurales et montagneuses atteignent des chiffres plus élevés. Plus de 40 % dans la Nièvre et la Creuse et jusqu’à 46 % dans le Cantal…

Vers un nouveau DPE ?

Dans son étude, le service des données et études statistiques questionne sur la réalité que dépeint le DPE actuel. En effet, les acteurs du secteur, notamment le lobby de l’électricité, s’interrogent sur les méthodes de calcul. Aujourd’hui, le diagnostic se fonde sur la consommation d’énergie primaire.

« Pour l’électricité, selon la réglementation régissant le DPE, un coefficient de 2,58 est ainsi appliqué entre l’énergie effectivement consommée, dite “énergie finale”, et l’énergie primaire servant à élaborer le DPE, peut-on lire dans l’étude. Ce coefficient est plus élevé que pour les autres combustibles : il est de 1 pour le gaz et le fioul. Et est, par convention, fixé à 0,9 en ce qui concerne le bois. Ces différences s’expliquent principalement par le fait que la consommation d’énergie primaire inclut la chaleur perdue. Pouvant représenter jusqu’à deux tiers de la chaleur produite dans les centrales thermiques – classiques ou nucléaires – lors de la conversion en énergie électrique. »

Calcul sur la consommation d’énergie finale ou d'énergie primaire.

Si le calcul se fait sur la consommation d’énergie finale, la donne change. Le SDES en a fait une simulation [voir tableau ci-dessus]. « Le mix énergétique des logements très énergivores comporte une part beaucoup moins importante de logements chauffés à l’électricité, qui passe de 54 % à 5 %. Alors que celle de logements chauffés au gaz passe de 16 à 45 %. » En ce moment, ce diagnostic est en cours de transformation et pourrait évoluer vers un calcul de l’énergie finale du logement. La question des méthodes et de la véracité du nouveau DPE impactera forcément l’ambition de la rénovation énergétique du parc français. Sinon, pourquoi bâtir un arsenal de moyens sans vision réaliste de l’objectif ?

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