VIDÉO – Paul Andreu : L’architecte-artiste s’envole depuis Roissy

Muriel Carbonnet
18/03/2024
Modifié le 16/05/2024 à 15:55

A Paris, la Cité de l’architecture et du patrimoine rend hommage à l’architecte Paul Andreu, à travers une rétrospective regroupant carnets de croquis, archives, vidéos...

Déployée à travers un parcours thématique, l’exposition “Paul Andreu : L’architecture est un art”, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris, présente quelque 280 œuvres originales. A savoir, carnets de croquis, archives, vidéos, photos, plans et maquettes.

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Jusqu’au 2 juin 2024, cette rétrospective restitue la contribution fondamentale de Paul Andreu à la conception des aéroports en France et à travers le monde. Elle souligne l’approche quasi-poétique de l’architecture comme un art où lumière et structure ne font qu’un. En effet, Paul Andreu se revendiquait à la fois technicien et artiste.

Mais qui était Paul Andreu ?

[©Septet]

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[©Septet]

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Diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, ingénieur des Ponts et Chaussées, il entre en 1963 dans l’entreprise ADAGP (ex- Aéroports de Paris). Il y restera près de 40 ans, pour devenir un expert du genre, au point de réaliser une vingtaine d’aéroports dans le monde. Il arrêtera de travailler en France après l’effondrement, en mai 2004, d’une section de l’aérogare 2E de l’aéroport de Roissy, une année après sa mise en service.

Mais tout commence quand il se voit confier, à l’âge de 29 ans, la conception de la nouvelle aérogare 1 de Paris-Nord, futur aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle (1967-1974). Un projet ambitieux, marquant. La masse cylindrique de béton opaque, accompagnée de tubes de circulation distribuant des terminaux en satellites, devient l’emblème de la modernité. A l’intérieur, les espaces spacieux et lumineux et leurs organisations facilitent physiquement et “psychologiquement” les déplacements des voyageurs. Après le Terminal 1, Paul Andreu engage le chantier de construction du Terminal 2, entre 1969 et 1982. Puis, entre 1985 et 1993, avec un concept innovant : proposer une architecture évolutive pour permettre de faire face aux futurs besoins d’agrandissements.

Paul Andreu à la fois technicien et artiste

Vue aérienne de l’aérogare de Roissy – Charles-de-Gaulle (1967-1974. [CTirage photographique, s.d. Archives du Groupe ADP © ADP/Paul Andreu -Adagp, Paris 2024]

Aérogare 1 de Roissy-Charles-de-Gaulle (1967-1974), depuis la voie d’accès principale. [©Tirage photographique, s.d. Archives du Groupe ADP © ADP/Paul Andreu – Adagp, Paris 2024]

Aérogare 1 de Roissy-Charles-de-Gaulle (1967-1974), tubes du vide centra. [©Archives du Groupe ADP © ADP/Paul Andreu – Adagp, Paris 2024]

4-Paul-Andreu-expo

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Aérogare 1 de Roissy-Charles-de-Gaulle, vide central et banquettes de Joseph-André Motte (1925-2013). Photographie Gilles Ehrmann, 1978. [©Médiathèque du patrimoine et de la photographie Ehrmann, Gilles (1928-2005) © Donation Gilles Ehrmann, ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie – RMN-GP/ Adagp, Paris 2024]

Sous la direction de la commissaire d’exposition, Stéphanie Quantin-Biancalani, conservatrice en chef du patrimoine de la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’œuvre de Paul Andreu devient manifeste. « Les notions de seuil, de passage et d’envol sont ancrées dans l’œuvre de l’architecte. A l’opposé du monument ou du signe, son architecture est, à travers ses recherches sur l’espace et le temps, les ombres et la lumière, les matériaux et les mythes architecturaux, conçue comme un mouvement, un élan ascensionnel. »

On découvre en entrant dans l’exposition, agencée tout en longueur, une première partie avec la donation de 69 croquis de l’architecte. Cette section sépare, sous la forme d’une vitrine géante, en deux la salle principale. Véritable colonne vertébrale de son approche phénoménologique de l’architecture. Et de part et d’autre, dans des alvéoles, ses différentes contributions architecturales sont mises en valeur.

Les dispositifs scénographiques mettent en lumière les volontés artistiques qui se cachent derrière chaque réalisation. Au fil du parcours, on peut voir l’évolution de Paul Andreu, les défis auxquels il a dû faire face… On en apprend aussi plus sur la façon, dont les aéroports fonctionnent, les besoins et la vision que cette porte d’entrée représente pour une ville. « Chaque fois que je pense un projet, je ne crée pas une boîte pour y organiser du mouvement. Mais je conçois les murs en fonction du mouvement que les gens effectueront à l’intérieur », expliquait l’architecte au “Figaro” en 2009. 

Paul Andreu à l’international

L’art de Paul Andreu séduira à l’international : il remporte de grandes commandes en Asie, en Europe, au Moyen-Orient… Il réalisera un grand nombre de gares, d’aéroports, de musées, de stades et de centres culturels aux quatre coins du monde. L’architecte s’inspirera toujours de la croissance des végétaux. L’exposition révèle aussi cet aspect international et culturellement riche de l’œuvre de Paul Andreu. Les verrières de l’aéroport de Brunei, les façades de l’Opéra de Pékin, le National Grand Theater… sont autant d’exemples où la lumière transcende les frontières et devient un langage universel.

Paul Andreu, qui a toujours avoué son admiration pour des architectes majeurs comme Frank Lloyd Wright ou Alvar Aalto, puisait dans des matériaux comme le béton, mais aussi la pierre et le bois, des formes sensuelles. Inspirée aussi par des œuvres d’Oscar Niemeyer, Eero Saarinen ou même John Lautner et Tadao Ando. L’architecture de Paul Andreu se voulait avant tout une “progression vers la lumière”. Une exposition riche pour tous les amoureux de l’architecture.

M. C.

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