Isover lance Isover Recycling, une offre de recyclage de laine de verre issue de la déconstruction. Grâce à une technologie maison, la marque de Saint-Gobain peut recycler une laine usagée à 100 % et à l’infini.

Le recyclage de la laine de verre issue de la déconstruction est, sans aucun doute, l’un des enjeux majeurs du traitement des déchets du BTP. [©Isover]
Le recyclage de la laine de verre issue de la déconstruction est, sans aucun doute, l’un des enjeux majeurs du traitement des déchets du BTP. [©Isover]

Parfois des états de faits théoriques trouvent, face à eux, des limitations lors de leur application sur le terrain. Ces limitations peuvent même stopper un processus, qui paraît tout à fait fonctionnel sur le papier. En théorie donc, le verre est recyclable à 100 %, et à l’infini, et par extension, la laine de verre l’est aussi. Mais sur le terrain, le recyclage de la laine de verre usagée se voit largement limité par les difficultés de triage et d’approvisionnement en matière brute.

A tel point qu’Isover, qui dispose depuis 1997 d’un centre de recyclage nommé “Oxymelt”, à Orange (Vaucluse), ne le “nourrit” que de déchets verriers (pare-brise, bouteille, fenêtre) et de chutes de laine de verre, issues des usines du groupe. Jusque-là, aucune filière de récolte et de recyclage de la laine de verre usagée n’existait.

Jusque-là seulement, puisqu’Isover a décidé d’offrir à ses clients Isover Recycling, la première gamme commerciale mondiale de recyclage de la laine de verre issue de la déconstruction. Pour cela, la marque s’appuie sur un savoir-faire vieux de vingt ans. Les déchets sont fondus grâce à l’introduction d’air enrichi en oxygène, formant ainsi un calcin pouvant être mélangé au calcin issu du recyclage du verre ménager et industriel.

La laine de verre doit être triée, si possible sur le chantier, pour éliminer les résidus d’autres matériaux, métaux comme plâtre. [©Isover]
La laine de verre doit être triée, si possible sur le chantier, pour éliminer les résidus d’autres matériaux, métaux comme plâtre. [©Isover]

Aujourd’hui, l’outil industriel d’Isover est capable d’introduire, a minima, 40 % de calcin issu de la valorisation dans la fabrication de sa laine de verre. Certaines usines du groupe pouvant augmenter cette part jusqu’à 80 %. La marque possédant le savoir-faire, il fallait mettre en place un réseau et une offre commerciale capable d’apporter un gisement suffisant de matière.

Un gisement qui devrait doubler

Pourtant, si les déchets issus du BTP sont estimés à 38 Mt/an, la laine de verre ne représente que 70 000 t/an. Mais cette quantité pourrait doubler d’ici 2030, avec la multiplication des rénovations et des démolitions des bâtiments construits juste après le choc pétrolier, au début d’années 1970, coup d’envoi de la ruée vers la laine de verre. Le gisement paraît donc unique. C’est aussi une occasion en or pour Isover de s’engager davantage dans un système d’économie circulaire.

D’autant plus que pour l’instant, Isover est le seul industriel sur le créneau. Une position qui s’accompagne aussi de son lot de difficultés, il faut en effet tout créer et “éduquer” suffisamment le milieu pour qu’il suive. Pour cela, la marque a signé des partenariats avec le Syndicat des Recycleurs du BTP (SR-BTP) et certains de ses adhérents, comme le Savoyard Excoffier Recyclage. « Nous nous adressons autant au marché diffus qu’aux grands chantiers de rénovation, explique Dominica Lizarazu, directrice marketing & développement. Le principe est que le maître d’ouvrage contacte le collecteur le plus proche du site, et qu’ils définissent ensemble les missions de l’entreprise de curage, qui intervient sur le chantier de déconstruction. Soit la matière est triée en amont sur le chantier par ce dernier, soit c’est le collecteur qui effectue l’opération, mais cela coûtera plus cher au cureur. Le centre de collecte passe ensuite au compactage des laines de verre récoltées et triées. Un transporteur va livrer le tout à Orange. » En effet, seul le site Oxymelt du groupe, est capable de transformer la matière en calcin.

Si le tri n’a pas été effectué sur le chantier, le collecteur s’en charge, avec un surcoût pour le cureur. [©Isover]
Si le tri n’a pas été effectué sur le chantier, le collecteur s’en charge, avec un surcoût pour le cureur. [©Isover]

Il est important de noter que le tri n’a pour objet que l’élimination des matières non issues du verre, telles que le plâtre. Aucune notion de qualité du déchet de laine de verre n’entre en compte. Celle-ci peut-être mouillée, déchirée, aplatie… « Les membres de notre syndicat, qui participent à l’opération, n’ont eu qu’à investir dans une machine capable de compacter la laine de verre, explique Elodie Rivière, chargée de mission au SR-BTP. Des machines qu’ils possédaient souvent déjà, pour compacter le plastique notamment. C’est un marché à ne pas manquer, d’autant que certains de nos membres travaillent déjà pour récolter aussi les déchets de laines issues de rénovations privées, via les centres de valorisation publique. »

Un territoire à conquérir

Pour l’ensemble des acteurs de ce nouveau marché, le mot d’ordre est clair, « il faut faire connaître notre offre, faire comprendre son utilité, et accompagner nos clients dans leur démarche d’économie circulaire et de communication sur le sujet », ajoute Dominica Lizarazu. Le marché devrait donc progresser en quantité et en qualité. Car pour le moment, l’offre n’est disponible qu’en Ile-de-France, berceau d’innombrables chantiers de rénovation, et dans le Sud-Est, la région où est basée l’usine de recyclage. Le premier objectif d’Isover est donc de rôder son offre pour l’étendre sur l’ensemble du territoire national.

Afin que la quantité permette de faire baisser les prix. En effet, actuellement, la charge financière que doit supporter le cureur n’est pas plus attractive que celle d’un enfouissement, malgré les efforts réalisés par les collecteurs et Isover. Un état de fait aussi lié au besoin d’améliorer la qualité du gisement. La laine de verre n’est pas suffisamment triée de manière directe sur le chantier pour le moment. Aussi, ce sont les collecteurs, qui effectuent le tri sur leur propre site, engendrant forcément des surcoûts.

Une fois triée, la laine passe par la machine de compactage. [Isover]
Une fois triée, la laine passe par la machine de compactage. [Isover]

« Nous avons lancé une vaste campagne de formation des professionnels sur les chantiers au tri et à l’organisation sur site dans le but de récolter de la laine parfaitement triée, permettant à tous de bénéficier de tarifs plus attrayants. » Isover espère ainsi mettre le pied à l’étrier à un marché qu’elle a elle-même créé. La laine de verre passerait donc d’un enfouissement systématique à une valorisation à 100 %. Et quand on sait que le processus peut se répéter à l’infini, pourquoi s’en priver ?

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