Fibres textiles : De l’utilité d’un recyclage citoyen

Rédaction
18/03/2021

Les isolants à base de fibres textiles sont anciens dans le principe, mais leur développement est relativement récent, du moins pour les applications destinées à la construction.

La découpe des panneaux peut être mécanisée ou réalisée à l’aide d’un couteau à isolant. [©Le Relais / Métisse]
La découpe des panneaux peut être mécanisée ou réalisée à l’aide d’un couteau à isolant. [©Le Relais / Métisse]

De façon un peu paradoxale, c’est le prix de vente de plus en plus réduit des vêtements courants, le plus souvent confectionnés dans des pays à bas coût de main d’œuvre, qui est à l’origine du projet du recyclage de fibres textiles. Une fois passés de mode et/ou rapidement usés, ces vêtements n’ont plus aucune valeur marchande. Sauf à connaître une seconde vie au travers du recyclage. Plusieurs structures se sont engagées dans cette voie, dont l’association “Le Relais” qui, depuis 2007, traite et trie près de 1 800 t/semaine de textiles, dont une partie est transformée en isolants (marque Métisse). Outre la dimension sociale de la démarche (tous les bénéfices sont réinvestis dans la création d’emplois durables), le fabricant met en avant les performances thermo-acoustiques de ces isolants, proches, à épaisseur égale, de celles des laines minérales.

Les arguments portent également sur la stabilité de ces matériaux dans la durée, une bonne résistance aux rongeurs, moisissures et champignons divers, une empreinte écologique réduite. Ce succès a entraîné d’autres développements, comme par exemple le Cotonwool d’Isonat. Egalement issus du recyclage (non seulement de vêtements, mais aussi de chutes de l’industrie textile), composés de fibres textiles et majoritairement de coton. Ou encore l’isolant Recycletherm développé par l’Italien Manifattura Maiano… La liste n’est pas limitative.

Une certaine variation de performances

D’un fabricant à l’autre, les compositions sont proches. Le coton représente la base de l’isolant, à hauteur de 70 à 75 % pour les fabrications les plus répandues. Des fibres synthétiques : polyamide, polyester, acrylique… sont rajoutés à hauteur de 15 à 20 %, la cohésion de l’ensemble étant assurée par l’incorporation d’un liant à base de fibres polyester ou polypropylène. Le produit obtenu bénéficie ou non (selon les fabricants) de traitements complémentaires, destinés à améliorer la résistance au feu, aux insectes, à l’humidité… Certains communiquent aussi sur l’absence volontaire de traitements, pour des raisons de respect de l’environnement et de limitation des COV, vis-à-vis de la qualité de l’air intérieur.

Comme pour la plupart des produits issus du recyclage, une certaine variation des performances thermiques est constatée d’un produit à l’autre, avec des conductivités thermiques (λ) annoncées allant de 0,039 à 0,051 W/m.K. Néanmoins, cette remarque ne vaut pas pour les productions certifiées et bénéficiant d’un Avis technique.

Les applications sont celles de la plupart des isolants : murs, planchers, sous-faces de toitures et combles. [©Kenzaï]
Les applications sont celles de la plupart des isolants : murs, planchers, sous-faces de toitures et combles. [©Kenzaï]

Ces matériaux se présentent sous forme de rouleaux et de panneaux semi-rigides, pour des applications classiques en toitures, en murs, en planchers, avec des densités qui varient de 18 à 50 kg/m3. Des versions plus denses (75 kg/m3) sont destinées à l’isolation des toitures. Elles améliorent par leur masse le déphasage thermique et assurent l’optimisation du confort d’été. Les épaisseurs des rouleaux et panneaux varient de 50 à 200 mm. Des conditionnements en vrac sont également disponibles, pour des applications en planchers de combles perdus. Des sous-couches acoustiques, des bandes résilientes et des bourrelets calorifuges sont également proposés.

Le recyclage à échelle industrielle

La découpe, la pose et les précautions à prendre vis-à-vis des poussières sont comparables aux conditions de mise en œuvre des laines minérales. Les applicateurs mettent néanmoins en avant un certain confort de pose, dû à une absence de sensation d’irritation, même en phase de découpe. Le produit se découpe classiquement au couteau à isolant. Le positionnement tarifaire conditionne à terme le succès de la démarche. Plus coûteux que les laines de verre et laines de roches, les isolants à base de fibres textiles sont par contre nettement plus économiques, comparativement aux familles d’isolants à base animale ou végétale.

Le conditionnement en vrac est bien adapté à l’isolation des combles perdus. [©Isonat]
Le conditionnement en vrac est bien adapté à l’isolation des combles perdus. [©Isonat]

Quelle durée de vie ?

Les entreprises, qui s’engagent auprès de leurs clients, ont toujours une certaine méfiance vis-à-vis des matériaux nouveaux, qui, par définition, présentent peu de recul. Les fabricants d’isolants à base de textiles recyclés ne contestent pas cet état de fait, mais mettent en avant plusieurs arguments crédibles. Ils indiquent en premier lieu que la technique d’assemblage de fibres thermocollées n’est pas une nouveauté, avec un recul de près d’un demi-siècle dans l’industrie automobile et dans la literie. Ensuite, les différents tests effectués à des degrés divers : vieillissement accéléré, tenue en conditions humides… laissent imaginer une bonne stabilité du matériau dans la durée. Il en est de même vis-à-vis des risques de tassement. Là encore, la longueur, la densité et la résistance des fibres retenues pour cet usage, amènent à des résistances mécaniques et à des tenues au tassement qui ne devraient pas générer de mauvaises surprises dans la durée.

Gérard Guérit