Chauffeurs de camions-toupies : Du chargement en centrale au retour du chantier

Rédaction
29/04/2017

La conduite d’un camion-toupie doit être entourée de mesures de prévention spécifiques. Le chauffeur doit assurer sa prévention sur le site de la centrale. Puis, approvisionner le chantier avec un véhicule lourd, au centre de gravité déplacé vers le haut. Et enfin, circuler sur un chantier présentant de nombreux pièges potentiels.

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 Le chargement en centrale d’un camion-toupie est, en général, la phase la plus sécurisée et la mieux contrôlée. [©ACPresse]
Le chargement en centrale d’un camion-toupie est, en général, la phase la plus sécurisée et la mieux contrôlée. [©ACPresse]

Il y a plusieurs années, le Syndicat national du béton prêt à l’emploi (SNBPE) a édité un fascicule d’information et de formation, destiné aux chauffeurs de camions-toupies :“Accueil sécurité des conducteurs de camions-toupies”. Régulièrement mis à jour, ce document détaille toutes les procédures à suivre et les précautions à prendre, lors des quatre phases, que doit gérer le conducteur à l’occasion d’une livraison. D’abord, le chargement sur l’unité de production, ensuite lors du trajet routier, puis sur le chantier et enfin, au retour à vide. Ce livret précise aussi que la conduite d’un camion avec tapis ou d’un malaxeur-pompe nécessite une formation spécifique. De plus, il rappelle que le béton frais est un matériau irritant, qui peut provoquer des brûlures, rougeurs ou allergies, et qu’il faut donc s’en protéger.

Si les phases de chargement, de circulation sur route et de retour présentent leurs lots de précautions, c’est sur le chantier que l’on compte les risques les plus nombreux et les plus dangereux. En particulier le risque électrique lors du pompage du béton. 

Dans les différents groupes intervenant, des informations, formations, sensibilisations et “piqûres de rappel” de toutes sortes sont mises en place de longue date, afin d’éviter la routine et les mauvaises habitudes. Il faut y ajouter les retours d’expérience, incidents ou accidents, tout en trouvant le juste milieu, afin que ces actions restent ciblées, régulières, mais assez espacées pour être entendues et efficaces.

Prévention sur l’unité de production 

A l’inverse du chantier qui est un lieu en évolution constante, une unité de production de béton prêt à l’emploi est figée dans son organisation. C’est un atout pour permettre l’optimisation et la signalétique du site : séparation des zones de circulation camions, piétons et véhicules légers, cheminements et balisages, ergonomie des postes… Cela finit pourtant par devenir une limite, car un environnement connu et stable amène, de façon progressive, à un effet de routine. L’attention du chauffeur, qui connaît bien le site, a tendance à diminuer avec le temps. D’où l’importance de lui rappeler régulièrement, par de l’affichage et des séances d’information, la conduite à tenir sur les lieux de l’unité de production.

En premier lieu, les conducteurs comme le personnel du site doivent être équipés d’un gilet haute visibilité, d’un casque et de chaussures de sécurité.La circulation nécessite de se faire au pas, dans le respect du plan de circulation et de la signalisation. Tout en étant toujours attentifs aux piétons et aux autres véhicules qui circulent et qui ne se voient pas toujours les uns les autres, du fait des angles morts.

A l’arrêt, les consignes indiquent de ne jamais “sauter” de la cabine, mais d’en descendre de face, en conservant toujours trois points d’appui.Un site de production de BPE présente de nombreuses zones de sols humides. Il ne faut jamais courir et, par contre, tenir les rampes dans les escaliers. Une fois à l’extérieur du camion, certaines parties bruyantes nécessitent le port de  protections auditives.

Une unité de production de BPE est figée dans son organisation, un atout pour permettre l’optimisation et la signalétique du site.  [©ACPresse]
Une unité de production de BPE est figée dans son organisation, un atout pour permettre l’optimisation et la signalétique du site. [©ACPresse]

Prévention sur la route 

Chaque année, le renversement de camions-toupies lors de virages sur la route est une cause d’accidents graves. La raison tient au déplacement du centre de gravité du véhicule vers le haut, avec des paramètres de tenue de route, de maniabilité et de temps de freinage, dégradés par rapport à un véhicule vide. La phase de chargement doit d’ailleurs permettre de vérifier que la quantité de béton embarquée ne fait pas dépasser le PTAC (poids total autorisé en charge)du camion. Les chauffeurs sont sensibilisés, de façon régulière, à ces contraintes, à l’augmentation des distances de freinage, à la nécessité de prendre les ronds-points à très faible vitesse et à augmenter les distances de sécurité.

Les préventeurs sensibilisent aussi aux limites des GPS, qui ne prennent pas toujours en compte les restrictions de gabarit, sans oublier les consignes traditionnelles : pas de téléphone en conduisant, pas d’alcool ni de drogue. De plus, il est de plus primordial de respecter les temps de conduite, qui vont dans le sens d’une fatigue réduite, et donc d’une meilleure sécurité.

Comme pour tout automobiliste, des consignes strictes sont données en cas de panne ou d’accident : mettre son gilet ou vêtement fluorescent avant de sortir de la cabine, se placer en dehors de la zone de circulation, positionner le triangle de signalisation en prenant garde à la circulation, prévenir l’employeur et/ou appeler les secours, en fonction de la situation.

Les démarches d’éco-conduite sont aussi mises en avant par une conduite souple et d’anticipation, par la limitation des accélérations et des freinages, et enfin, par le maintien en bon état du véhicule.

Du fait d’un centre de gravité déplacé vers le haut, le risque de  renversement d’un camion-toupie reste élevé, en particulier dans les virages au niveau des ronds-points.  [©ACPresse]
Du fait d’un centre de gravité déplacé vers le haut, le risque de renversement d’un camion-toupie reste élevé, en particulier dans les virages au niveau des ronds-points. [©ACPresse]

Prévention sur le chantier

Le chantier concentre plusieurs risques potentiels, à commencer par ses accès. Les conducteurs qui livrent le béton doivent bénéficier de conditions de sécurité normales et disposer, en particulier, d’abords stabilisés et fiabilisés. Pour ce faire, un protocole a été élaboré par la Fédération française du bâtiment (FFB) et le SNBPE. Chaque conducteur de camion-toupie peut exercer un droit de retrait, en arrivant sur un chantier, s’il estime que les conditions de sécurité ne sont pas remplies.

En effet, un chantier peut être truffé de pièges : les véhicules qui circulent, les fers à béton qui dépassent, les charges en mouvement, les risques de chute, sans oublier la stabilité du sol qui peut être aléatoire (surtout si ce dernier a été mal préparé ou dégradé par des précipitations importantes). Cet aspect est très sensible dans le cas de chantiers chez les particuliers, qui sous-estiment ce problème et prennent peu en compte les contraintes d’accès d’un camion-toupie, souvent par méconnaissance.

Le risque électrique est l’autre risque majeur, surtout dans le cas de l’emploi d’une pompe à béton. Là encore, un partenariat est effectif avec le Syndicat du pompage du béton (SNPB). La profession s’est engagée à ne travailler qu’avec des véhicules équipés de détecteurs de lignes. Les formateurs et le fascicule du SNBPE rappellent qu’il n’est pas nécessaire d’entrer en contact avec une ligne électrique pour mettre un camion sous tension. En dessous d’une certaine distance, le courant traverse l’air, en formant un arc électrique. Le risque est aussi  présent en phase de lavage de la toupie. Le jet d’eau joue alors le rôle de conducteur électrique.

Les conducteurs qui livrent le béton sur chantier doivent bénéficier de conditions de sécurité normales et disposer d’abords stabilisés et fiabilisés. [©ACPresse]
Les conducteurs qui livrent le béton sur chantier doivent bénéficier de conditions de sécurité normales et disposer d’abords stabilisés et fiabilisés. [©ACPresse]

Prévention Au retour sur l’unité de production 

Une fois la livraison effectuée, le retour vers la centrale ne doit pas se traduire par une phase de relâchement. Pour le chauffeur, ce retour signifie les mêmes précautions qu’à l’aller, en termes de conduite. Le camion est plus léger, mais ses réactions en sont de fait modifiées.

A l’arrivée, des consignes assez strictes sont données aux conducteurs par rapport au nettoyage du véhicule, et surtout de la cuve. Celle-ci doit êtrelavée, de manière approfondie, au moins deux fois par jour, en créant une vague avec 150 ou 200 l d’eau et en alternant le sens de rotation. La vidange doit de plus se faire dans les aires adaptées. Ces opérations se réalisent dans des conditions de sécurité optimales. Il est notamment interdit de monter sur la goulotte ou sur les murets des bassins de décantation pour nettoyer le cône de chargement. En effet, le camion doit être garé en marche arrière. 

Au retour en centrale, des procédures strictes doivent être suivies au niveau du nettoyage de la cuve et du véhicule. [©ACPresse]
Au retour en centrale, des procédures strictes doivent être suivies au niveau du nettoyage de la cuve et du véhicule. [©ACPresse]

Si nécessaire, la consignation d’une toupie doit suivre une procédure rigoureuse, là encore dans le but d’éviter des accidents graves. Il faut que le véhicule stationne dans une zone dédiée, soit immobilisé et balisé. Ensuite, est activé le coupe-batterie. Puis, la cuve est bloquée mécaniquement. Et enfin, la clef est placée dans la boîte de consignation. La toupie est alors prête pour une intervention plus lourde (nettoyage approfondi de l’intérieur de la cuve, réparation). 

Gérard Guérit

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