L’Industrielle du Béton : Tout interdire, sauf ce qui est autorisé

Rédaction
30/09/2023
Modifié le 10/10/2023 à 16:05

Créée en 1973, L’Industrielle du Béton emploie aujourd’hui 145 personnes, réparties entre son site picard de Boran-sur-Oise et alsacien de Brumath. A quoi s’ajoute un service travaux animé par quatre conducteurs pilotant un ensemble de sous-traitants réguliers.

Article paru dans le n° 108 de Béton[s] le Magazine

Jean-Philippe Patrat est le directeur industriel de l’entreprise de préfabrication L’Industrielle du Béton.
[©ACPresse]
Jean-Philippe Patrat est le directeur industriel de l’entreprise de préfabrication L’Industrielle du Béton. [©ACPresse]

L’activité de préfabrication génère une multiplicité de risques que Jean-Philippe Patrat, directeur industriel de L’Industrielle du Béton, résume de façon pragmatique : « Tout est interdit, sauf ce qui est autorisé. Dans notre métier, nous constatons soit de la “bobologie”, soit des incidents qui peuvent être beaucoup plus graves. Les risques principaux sont ceux concernant “l’usine et les interventions machines” et ceux liés au “transport et au chantier”. Avec, pour chacune de ces activités, des dangers communs et de nombreux de risques spécifiques. Qui nécessitent des approches et des gestions au cas par cas ».

Toute personne intégrant L’Industrielle du Béton, qu’elle soit salariée ou intérimaire, profite d’une procédure d’accueil. Qui se déroule en plusieurs temps. Tout démarre par un quizz basé sur un logiciel mis au point par le Cérib. Une fois ce test validé, le nouvel embauché passe par le service QSE qui finalise l’accueil. Celui-ci comprend la présentation des règles générales de l’entreprise. Ce parcours s’achève avec un responsable de service, qui l’informe des spécificités de son poste. Et le met entre les mains d’un tuteur. En général, ces différentes actions nécessitent une semaine. A ce stade, la personne est opérationnelle, en termes de compréhension du poste et des procédures de sécurité. Un point est réalisé au bout d’un mois, qui doit permettre de confirmer le salarié dans son poste. Chaque machine étant liée à un process spécifique, les risques et les procédures d’utilisation et de consignation se doivent d’être assimilés au bout de cette période.

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En parallèle, tout intérimaire devant être habilité pour une fonction précise reçoit une formation dédiée à cette fonction. Une fois opérationnel, c’est le service HSE (hygiène sécurité environnement) qui va vérifier auprès de l’opérateur qu’il utilise la machine en sécurité.

D’une façon générale, et quel que soit le poste, un quart d’heure sécurité est planifié chaque semaine. Des groupes très impliqués sont aussi constitués autour des thématiques de prévention, vis-à-vis du levage, des circulations, des procédures de consignation…

Gérard Guérit

Risques “usine” 1 : Mise en tension des câbles, manutentions, levage…

Afin de sécuriser coffrages et produits finis, L’Industrielle du Béton utilise des râteliers et des systèmes de quilles mobiles, qui permettent de stabiliser les coffrages et produits concernés [©ACPresse]
Afin de sécuriser coffrages et produits finis, L’Industrielle du Béton utilise des râteliers et des systèmes de quilles mobiles, qui permettent de stabiliser les coffrages et produits concernés [©ACPresse]

Les risques “usine” se situent à trois niveaux : mise en tension des câbles de précontrainte, manutentions/levages et chutes d’éléments.

Un travail permanent de maintenance, d’auscultation et de remplacement préventif est mis en place au niveau du matériel : vérins, câbles, mâchoires… Pour pallier toute conséquence d’une rupture de câble, ces opérations se font de nuit, en présence d’équipes très réduites dédiées à cette activité. En parallèle, des procédures très précises sont éditées pour les phases de mise en tension des câbles. Un personnel unique constitué de salariés est formé et habilité à cette tâche. Ce type de postes, qui nécessite apprentissage, formation et information, est interdit aux intérimaires.

Les formations/informations vis-à-vis des manutentions et des opérations de levage concernent plutôt l’usage de ponts roulants, leur vitesse de translation, la façon d’accompagner le transfert des pièces et le mode d’emploi du matériel d’élingage. Un organisme extérieur assure ces formations. Une remise à niveau est programmée tous les 5 ans, dans une démarche d’évitement des mauvaises habitudes et de l’installation de la routine. Les contrôles de matériels sont aussi effectués par une entreprise extérieure. Les élingues sont équipées d’une plaquette d’identification, avec une couleur qui change tous les ans. De plus, chaque année, le personnel salarié est formé en interne.

Les chutes d’éléments sont une autre source de risque, du fait de l’usage de moules et de produits finis, surtout lorsque leur hauteur est supérieure à deux fois leur base. Pour sécuriser ces différents éléments, L’Industrielle du Béton utilise des râteliers et des systèmes de quilles mobiles, qui permettent de stabiliser les coffrages et les produits concernés. L’association de plusieurs coffrages et/ou produits finis, positionnés côte à côte, permet aussi de recréer la stabilité manquante à l’origine.

Risques “usine” 2 : Interventions machines

Avant toute intervention, le personnel habilité doit d’abord couper l’alimentation de l’énergie principale. Puis, cadenasser le sectionneur, afin d’éviter tout réarmement intempestif [©Industrielle du Béton]
Avant toute intervention, le personnel habilité doit d’abord couper l’alimentation de l’énergie principale. Puis, cadenasser le sectionneur, afin d’éviter tout réarmement intempestif [©Industrielle du Béton]

Les interventions sur machines correspondent à plusieurs niveaux de consignation : les énergies principales (sectionnement), les centrales à béton et l’ensemble des énergies dans le cadre des opérations de maintenance. « Nous formons les salariés de façon très rigoureuse à la mise en sécurité des machines. Pour intervenir sur un équipement, le personnel doit être habilité à la mise en sécurité de la machine concernée. Quel que soit le type d’équipements, il doit d’abord couper l’alimentation de l’énergie principale, puis cadenasser le sectionneur. Ceci, afin d’éviter tout réarmement intempestif. A cette fin, chaque atelier est équipé d’un tableau avec cadenas », précise Jean-Philippe Patrat. C’est ensuite que le service maintenance procède à la consignation de toutes les énergies, y compris les énergies gravitaires. Une fois toutes ces opérations achevées, l’équipe dédiée à l’intervention et/ou à la maintenance tente de remettre en route l’équipement, afin de vérifier qu’il ne redémarre pas. Toutes les procédures de consignation sont décrites dans des check-lists qui doivent, bien sûr, être suivies à la lettre. Ces procédures font l’objet de rappels réguliers. Des évaluations des risques “de dernière minute” sont aussi programmées à intervalles rapprochés. Ceci, dans le cas d’opérations qui n’ont pas été définies au préalable.

Des guides généraux de prévention accompagnent ces différentes actions. Des échanges de bonnes pratiques sont pratiqués de manière régulière. Mais aussi des visites d’observation, ainsi que des remontées d’informations et analyses sur des accidents, incidents ou “presqu’accidents”. Ceci, afin de montrer au personnel que ces risques ne sont pas que théoriques et qu’une vigilance permanente doit être de mise.

Toujours dans un cadre de sensibilisation et de lutte contre l’effet de routine, L’Industrielle du Béton a fait réaliser des reconstitutions d’accidents sous forme de dessins animés. Un moyen de communication qui parle au personnel, qui se retrouve facilement dans les situations décrites.

Risques “transport et chantiers” 

Les formations/informations vis-à-vis des manutentions et des opérations de levage visent l’usage des ponts roulants, leur vitesse d’utilisation, le transfert des pièces, le matériel d’élingage.
[©ACPresse]
Les formations/informations vis-à-vis des manutentions et des opérations de levage visent l’usage des ponts roulants, leur vitesse d’utilisation, le transfert des pièces, le matériel d’élingage. [©ACPresse]

Les risques “transport” s’articulent en priorité autour des dangers routiers. Mais aussi de ceux liés aux défauts d’arrimage, qui sont liés et dépendants du respect du Code de la route. Quant au transport sur chantier, il est assuré par des structures extérieures à L’Industrielle du Béton. En majorité, les chauffeurs sont des habitués des lieux, des conditions de chargement et des différentes procédures à respecter sur site et sur la route. Pour éviter la routine, les dirigeants de l’entreprise vérifient en permanence que les différentes consignes sont bien écrites, affichées et qu’elles font l’objet de “piqûres de rappel” de manière régulière.

De façon classique, le risque routier est abordé au travers de l’alcool, des drogues, de l’usage du téléphone au volant, du respect des limitations de vitesse. La sensibilisation aux défauts d’arrimage est aussi essentielle. Les chaînes sont préférées aux sangles, du fait des risques d’usure prématurée au niveau du contact avec les pièces en béton. Lorsque l’usage de sangles est la seule option possible, des équerres les protègent de l’abrasivité du béton. De plus, elles sont doublées pour réduire au maximum tout risque lié à une rupture.

Pour certains, les risques “chantier” rejoignent les risques “usine” : manutentions, levages et stockage au sol d’éléments lourds, dont certains sont aussi instables en phase transitoire. Puis viennent les risques liés au grutage, à l’écrasement, aux étaiements. Sans oublier les risques en phase d’assemblage des différents éléments préfabriqués.

Quatre conducteurs de travaux salariés de l’entreprise gèrent l’ensemble des chantiers, réalisés par des sous-traitants travaillant pour L’Industrielle du Béton. Dans ce contexte, des procédures de pose, de déchargement, de stockage… sont édictées pour chaque nouveau chantier, en fonction de ses spécificités. Les équipes de pose sont formées et informées sur les règles générales d’utilisation des produits. Ces interventions concernant en majorité des chantiers importants. De ce fait, le niveau de prévention et de sécurité est optimisé par la présence réglementaire d’un coordonnateur SPS.

Article paru dans le n° 108 de Béton[s] le Magazine

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