L’exposition “Tadao Ando – Le défi” au Centre Pompidou, à Paris, invite à découvrir les grands principes de la création de l’architecte japonais Tadao Ando.

Articulée autour de cinq grands thèmes : la forme primitive de l’espace, le défi de l’urbain, l’île de Noashima, la genèse du projet et le dialogue avec l’histoire, l’exposition “Tadao Ando – Le défi”, organisée au Centre Pompidou, à Paris, invite à découvrir les grands principes de la création de Tadao Ando (né en 1941). Parmi ceux-ci son usage du béton lisse, la prééminence donnée aux volumes géométriques simples, l’intégration d’éléments naturels dans ses dispositifs spatiaux. Ou encore l’importance qu’il accorde à l’intensité de l’expérience corporelle générée par son architecture.

La scénographie est signée Tadao Ando. On y retrouve le mur, la colonnade et le puits de lumière, chers à son langage architectural. C’est ainsi que le visiteur peut découvrir 50 projets majeurs avec 180 esquisses, 70 maquettes originales. Ainsi que de nombreux diaporama, dessins à la mine de plomb, carnets de voyage et photographies prises par l’architecte lui-même. Et petit plus, sur certaines cimaises, au hasard d’un mur blanc, Tadao Ando a pris soin de griffonner à toute hâte des croquis à main levée. Dans la partie centrale de l’exposition, une grande installation trône “Naoshima”. C’est une œuvre tout à fait représentative du dialogue de l’architecte avec les paysages naturels de cette île japonaise, dédiée à l’art contemporain. Tous ces éléments permettent de suivre l’évolution du langage architectural et artistique de l’architecte japonais.

Le périple initiatique

C’est après avoir été boxeur professionnel et avoir entrepris une tour du monde initiatique en 1965 pour se former à l’architecture que Tadao Ando crée sa propre agence en 1969, à Osaka. Influencé par le mouvement minimaliste Gutai1, le shintoïsme, ainsi que par le travail de l’architecte franco-suisse Le Corbusier, Tadoa Ando instaure dans son architecture un rapport au corps, au temps et à la nature. Développant un travail ne dissociant pas le spirituel du matériel, le corps de l’esprit, il apporte un soin particulier à rendre ses espaces bienveillants, silencieux. « L’architecture doit permettre de transcender les frontières et de cultiver un lieu », insiste l’architecte.

Située au Nord du Japon, la colline de Bouddha est un temple souterrain, à l’exception d’une immense statue de Bouddha, dont seule la tête dépasse du sol. [©Shigeo-Ogawa/ Tadao Ando ]
Située au Nord du Japon, la colline de Bouddha est un temple souterrain, à l’exception d’une immense statue de Bouddha, dont seule la tête dépasse du sol. [©Shigeo-Ogawa/Tadao Ando]

Tadao Ando s’interroge aussi sur le pourquoi de l’existence de l’architecture : « Vu que ce sont les hommes qui s’en servent, elle entretient des liens profonds avec le corps… Il faut que l’architecture accueille la joie de vivre des hommes. Sinon, notre corps n’est pas attiré vers elle ». Les églises cisterciennes et romanes ont eu une grande influence sur lui : « Ce que j’ai senti en observant des églises romanes… c’est que seule, la lumière est espoir. J’ai créé l’Eglise de la lumière, en me demandant si le symbole de la communauté n’était pas la lumière. L’architecture consiste aussi à créer des lieux pour la communauté. Je réalise des architectures, en me demandant comment je pourrais concevoir des choses, qui restent graver dans l’âme des hommes pour l’éternité ».

Un état brut sans brutalité

Au fur et à mesure de l’exposition, on découvre la maison Azuma, à Sumiyoshi (1976), Naoshima (de 1988 à aujourd’hui), l’Eglise de la lumière (1989), la Bourse du Commerce, à Paris (automne 2019), les immeubles en terrasses des résidences Rokko (1978-1999) ou encore la Colline du Boudha (2015). Dans une culture où seuls, les bâtiments publics (bibliothèques, gymnases, musées…) étaient considérés comme de l’architecture, il fait de la maison un moment architectural. « C’est aussi pour lui l’expérience des abbayes cisterciennes où la pierre a un rapport particulier à la lumière, souligne Frédéric Migayrou, commissaire de l’exposition. C’est cela qu’il veut restituer avec le béton, qui n’est pas brutaliste de Le Corbusier, c’est un béton lissé qui prend la lumière. “Je construis de murs contre des murs”. Les murs génèrent de l’espace, forgent la spatialité. Il fait très attention au béton, aux banches, à la formulation, au coulage, aux effets de matière. Un béton sous contrôle. »

Les murs en béton lissé, réduits à plus simple expression, s’animent avec la lumière et produisent un sentiment de vide chez le visiteur. L’espace disponible conduit à une expérience physique et sensible de l’architecture, qui s’appréhende par le corps et l’esprit (shintai). « Libérant la puissance tellurique du minéral dans son œuvre, il donne cette capacité au béton. C’est ça, qui est extraordinaire. Le béton est propre à Tadao Ando », conclut le commissaire de l’exposition.

Muriel Carbonnet

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