L’inclassable Hubert Duprat, comme autant de fictions

Muriel Carbonnet
29/09/2020

La rétrospective du musée d’Art moderne de Paris présente l’œuvre protéiforme d’Hubert Duprat. Découverte de l’univers inclassable de l’artiste français.

La rétrospective du musée d’Art moderne de Paris présente l’œuvre protéiforme de l’artiste français Hubert Duprat (né en 1957). Le créateur n’appartient à aucun mouvement artistique. Le fil conducteur de l’exposition réside dans le mode opératoire fondé sur l’exploration et la collecte. Mais aussi sur un principe d’agrégation de matières à la fois précieuses et industrielles, de techniques et de références historiques. Le tout oscillant entre architecture, peinture, arts décoratifs et sculpture.

Vue de l'exposition Hubert Duprat au musée d'Art Moderne de Paris.[©acpresse]
Vue de l’exposition Hubert Duprat au musée d’Art moderne de Paris. [©ACPresse]

“L’Atelier en béton” remis à l’honneur

L’exposition est la synthèse de quarante années de travail. Certaines réalisations en béton n’ont pas été montrées depuis les années 1990. Cette rétrospective permet aussi de réactiver plusieurs œuvres in situ, dont “l’Atelier en béton”, qui figure parmi les plus spectaculaires. Mais aussi “Chagrin” (polystyrène et galuchat1)… “L’Atelier en béton” est une  structure, qui est emboîtée dans l’un des espaces du musée. Semblant défier les lois de l’apesanteur. On se croirait sur chantier, avec la dalle béton et les étais. Peu montrés depuis leur création, ces travaux occupent une place centrale dans l’exposition. Dans l’œuvre d’Hubert Duprat, on trouve une abondance de surfaces sensuelles, texturées. Ou, au contraire, polies, brillantes, opaques, organiques et translucides. Sa création allie le monumental et la miniature, les lignes épurées et une virtuosité maniériste. L’artiste mêle des formes et de matières, créant ainsi des hybrides inattendus.

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L’oeuvre “l’Atelier en béton” de Hubert Duprat. [©ACPresse]

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L’oeuvre “Chagrin” de Hubert Duprat. [©ACPresse]

Il puise indifféremment dans la nature ou dans la manufacture des étrangetés minérales (pyrite, calcite, ulexite…), végétales (ambre), animales (corail). Ou des matériaux industriels (polystyrène, béton, paraffine, pâte à modeler…). Hubert Duprat utilise aussi bien des procédés, qui proviennent en grande partie de l’artisanat comme la marqueterie, l’orfèvrerie, la sculpture… La matière artistique, dont s’empare l’artiste est, semblable à un iceberg, constitué d’une partie immergée, dérobée au regard. Il faut savoir qu’Hubert Duprat délègue la réalisation de ses œuvres à de multiples collaborateurs spécialisés. Il revendique une absence d’atelier. Voire se considère lui-même comme « quelqu’un de très peu méticuleux ». « L’artiste ne dessine pas. Tout au plus trace-t-il parfois un vague schéma s’il a besoin de préciser ses intentions, auprès d’un assistant, par exemple », peut-on lire dans le catalogue de l’exposition. Mais il agence ses matériaux comme autant de fictions. A découvrir.

M. C.

1Le galuchat est un cuir de poisson cartilagineux de raie ou de requin.

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