Le groupe de travail Diogen de l’AFGC estime que des évolutions s’imposent, en ce qui concerne les méthodes d’allocation des impacts environnementaux des coproduits de construction. Le laitier de hauts fourneaux est concerné e premier lieu..

A gauche, laitier moulu de hauts fourneaux et, à droite, ciment gris. [©DR]
A gauche, laitier moulu de hauts fourneaux et, à droite, ciment gris. [©DR]

La pratique actuelle considère le laitier de hauts fourneaux comme un co-produit. Ce matériau est généré lors de la production de l’acier. Comme tout produit, la production de l’acier a un impact physique sur l’environnement, De même que le co-produit qu’il engendre. Jusque-là, il n’y a pas discussion. Une fois ce décor planté, reste à définir quel est cet impact ? Comment il doit être défini et réparti ? C’est de cette problématique que s’est emparé le groupe de travail Diogen1 de l’Association française de génie civil (AFGC). Adélaïde Ferraille (Ecole des Ponts ParisTech) assure la coordinateur de ce groupe, avec Tiffany Desbois (Cerema).. 

En effet, pour déterminer l’impact environnemental d’un produit dans le domaine de la construction, la démarche à suivre est définie par la norme NF EN 15 804/A1 CN2. Mais dans le cas des co-produits, il faut choisir une méthode d’allocation : massique, économique, physique, énergétique… La norme propose des recommandations, qui restent sujettes à interprétation. Il en résulte un manque de concertation, voire de consensus. 

Dénoncé dans Les Echos

Ainsi, certains sidérurgistes considèrent le laitier de hauts fourneaux comme un co-produit valorisé comme substitut au ciment. Cette situation leur permet de justifier la soustraction de l’impact carbone du laitier – défini à 550 kg eq CO2/t – à celui de l’acier3. Si ce n’est que cette même charge – que l’on peut considérer comme une allocation massique, physique ou énergétique ?4– n’est finalement pas attribuée au laitier de hauts fourneaux… Dans son article “Quand le béton et l’acier verdissent par un artifice de comptage du CO2”, paru le 26 février 2020 dans Les Echos, la journaliste Myriam Chauvot dénonce cet état de fait.

Ainsi, dans ce contexte, les fournisseurs de laitier de hauts fourneaux s’appuient sur une allocation économique ! Car ce co-produit a une valeur marchande très faible par rapport au prix de l’acier. Ce qui induirait un impact “changement climatique” tout aussi faible. 

Le bilan environnemental qui en découle ne prend donc en compte que peu d’éléments. Ceux-ci se résument aux seules transformations apportées au laitier de hauts fourneaux après sa sortie d’usine. In fine, l’impact environnemental se limite à seulement 16 kg eq CO2/t dans les matériaux cimentaires ou les liants alcali-activés5.

Repartir sur des bases saines

La laitier de hauts fourneaux est généré lors de la production de l’acier. [©ACPresse]
La laitier de hauts fourneaux est généré lors de la production de l’acier. [©ACPresse]

Cette double comptabilité, incohérente, est l’exemple type de lacune de coordination entre deux activités. Activités qui ne relèvent pas de la même catégorie de produits vis-à-vis de la normalisation. D’un côté, les aciers, qui servent plusieurs secteurs d’activité, dont la construction. De l’autre, les matériaux cimentaires, qui n’interviennent qu’en construction.

On voit bien qu’en fonction de la méthode d’allocation sélectionnée, les résultats d’impacts peuvent être différents. Ils peuvent même aller, jusqu’à remettre en cause l’intérêt environnemental d’un co-produit. Ou, au contraire, augmenter de manière artificielle son attrait. 

Fort de ces constats, certains experts considèrent qu’il serait plus cohérent de prendre en compte un autre type d’allocations6, pour ce qui est des laitiers de hauts fourneaux.
Le problème soulevé est donc bien réel et le groupe de travail Diogen considère qu’une réponse rapide doit y être apportée. Sans doute, au travers de la commission CEN/TC 350 (Contribution des ouvrages de construction au développement durable).

En attendant, le groupe de travail Diogen souhaite alerter sur cette problématique de l’allocation des impacts environnementaux du laitier de hauts fourneaux. Et d’autres co-produits employés dans la construction. D’une part, le monde professionnel et, d’autre part, les pouvoirs publics. L’objectif final est de permettre aux recherches en cours sur les bétons bas carbone de se poursuivre sur des bases plus saines. C’est-à-dire consensuelles et validées par des experts reconnus en matière d’impacts environnementaux.

Notes

1Le groupe de travail “Données d’impact pour les ouvrages de génie civil” (Diogen) a été lancé en 2010 par l’AFGC. Il a vocation à créer une base de données spécifique, relative aux impacts environnementaux de production des matériaux constitutifs des ouvrages de génie civil sur le territoire national.

2NF EN 15 804/A1 CN : Contribution des ouvrages de construction au développement durable – Déclarations environnementales sur les produits – Règles régissant les catégories de produits de construction.

3Karl Buttiens, Joël Leroy, Patrick Negro, Jean-Sébastien Thomas, Kyle Edwards, Yann De Lassat “The Carbon Cost of Slag Production in the Blast Furnace : A Scientific Approach”, J. Sustain. Metall. (2016) 2:62–72

4Produire 1 t de fonte émet environ 2 t de CO2 et génère 250 kg de laitier de hauts fourneaux. Partant de ce constat, par simple calcul, on peut considérer que le laitier “émet” de l’ordre de 400 kg eq CO2/t, d’un point de vue massique. D’un point de vue physique, on parle de 500 à 550 kg eq CO2/t…

5Source : Diogen.

6Bétons bas carbone – de quoi parle-t-on ? A. Duverger – XPair – 01/09/2017

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