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Junzō Sakakura : Le Yang dans le Modernisme

par redaction | - réagissez

Sakakura et Le Corbusier à la Villa Katsura, Kyoto. [©Agence nationale japonaise des affaires culturelles]

Architecte japonais et disciple de Le Corbusier dans les années 1930, Junzō Sakakura (1901-1969) a été le fer de lance du mouvement moderne au Japon. Retour sur ses réalisations, à l’honneur à la Maison de la culture du Japon, à Paris.

Concepteur du Pavillon du Japon à l’Exposition universelle de Paris de 1937, Junzō Sakakura obtient à cette occasion le Grand prix d’architecture et devient ainsi le premier architecte japonais reconnu sur la scène internationale. Quelque 80 ans plus tard, la Maison de la culture du Japon à Paris lui rend hommage avec une exposition1, permettant de redécouvrir son œuvre et sa carrière, à travers le prisme de ses séjours et de ses liens parisiens. Peu connu du grand public, Junzō Sakakura ne s’est jamais cantonné à un seul domaine : Musée d’art moderne de Kamakura, plusieurs mairies, des centres socio-culturels municipaux, des péages d’autoroutes, des grands magasins, des hôtels, des mairies, des immeubles de bureaux, des infrastructures de transport…, la liste est longue. Cette diversité n’a pas empêché sa pensée architecturale d’être cohérente. Sa philosophie, il l’a héritée de son mentor… Le Corbusier. « Chaque bâtiment, qu’il s’agisse d’un logement ou non, devait être conçu pour les personnes qui l’habitaient : une véritable “architecture pour l’homme” ».

Œuvre emblématique du paysage urbain : une station-service de Idemitsu, conçue par l’architecte japonais, un touche-à-tout !
[©Agence nationale japonaise des affaires culturelles]

Un Japonais à Paris

Junzô Sakakura fait partie du cercle d’admirateurs et de continuateurs de l’œuvre de l’architecte franco-suisse. Et les années qu’il a passées à ses côtés (1931 à 1939), ont été pour lui une étape fondamentale. Il s’y familiarise avec les théories corbuséennes et aussi avec celles d’autres grands architectes français de l’époque, comme Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret. Dans les années 1930, Le Corbusier, qui avait jusqu’alors une vision très conceptuelle de l’urbanisme, s’intéresse de plus en plus aux étapes plus concrètes du processus. A mesure que la dimension sociale prend une importance accrue dans sa vision de l’architecture, les bâtiments qu’il conçoit deviennent plus urbanistiques. Junzô Sakakura s’en abreuve. Il est le disciple japonais, qui a passé le plus de temps dans son atelier parisien. Cependant, il a fait un bref passage au Japon en 1936, puis revient en France où il reçoit le Grand prix d’architecture de l’Exposition internationale de Paris de 1937.

Terrasse du Musée d’art moderne de Kamakura, qui mêle Modernisme et pensée Zen. [©Terrasse du Musée d’art moderne de Kamakura/Fumio Murasawa]

Le retour au pays

De retour dans son pays natal en 1939, il est le premier architecte à y faire connaître la pensée moderniste, insufflant cependant un esprit “typiquement japonais”. Ses nombreuses réalisations jettent, pour la première fois, des ponts entre la France et le Japon dans le domaine de l’architecture. En 1940, Junzō Sakakura fonde Sakakura Architectural Office dans le quartier d’Akasaka, à Tokyo. En 1941, il travaille sur un bâtiment d’habitation, la Résidence Iihashi, tout en aidant Charlotte Perriand, en mission au Japon depuis août 1940, à la préparation d’une exposition. Bien que son atelier ait brûlé pendant la guerre, Junzō Sakakura continue à dessiner des bâtiments préfabriqués. En 1946, sur fond de reconstruction, il rebaptise son cabinet d’architecture Junzô Sakakura Architects and Engineers et conçoit dès lors plusieurs bâtiments emblématiques du Japon d’après-guerre. Il contribue à façonner les quartiers de grandes villes comme Tokyo, Osaka… En 1951, Junzō Sakakura donne naissance au Musée d’art moderne de Kamakura. Ce musée est la preuve que l’architecte a su pratiquer une architecture ouverte sur le monde, sans pour autant perdre son identité culturelle. En 1959, à Tokyo, il participe à la construction du Musée national d’art occidental conçu par Le Corbusier, unique bâtiment de l’architecte franco-suisse au Japon. Les trois apprentis japonais de l’architecte franco-suisse : Kunio Maekawa, Junzō Sakakura lui-même et Takamasa Yoshizaka sont responsables de la mise en œuvre des plans et de la supervision de la construction.
Au XXIe siècle, force est de constater que le style novateur de Junzō Sakakura n’a pas pris une ride et exerce toujours une grande influence sur l’architecture et les villes au Japon.

Muriel Carbonnet

1Jusqu’au 8 juillet, à la Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis, quai Branly, 75015 Paris.

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