Le 11 décembre 2025 marque la publication du complément national révisé de la norme béton NF EN 206+A2. Benjamin Daubilly, de France Ciment, et Sylvie Lecrux, du SNBPE, en détaillent les grandes lignes.

Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 122
Dans un contexte où les transitions environnementales, sociales et économiques redessinent en profondeur les attentes des acteurs de la construction, le béton continue à jouer un rôle essentiel. Loin des idées reçues, il se réinvente et s’adapte. C’est le message porté conjointement par Benjamin Daubilly, directeur du pôle génie civil de Cimbéton, et de Sylvie Lecrux, chargée de missions techniques du SNBPE. Ensemble, ils défendent une vision exigeante d’un matériau à la fois responsable, performant et indispensable à l’aménagement durable des territoires.
« Le béton n’est pas un matériau du passé, mais d’avenir. Dès lors que nous savons l’utiliser, en capitalisant sur les possibilités déjà offertes. Tout comme sur les avancées scientifiques et les retours d’expérience. Ceci, en veillant à maintenir le niveau de durabilité des ouvrages. Conception et sobriété technique, responsabilité environnementale sont les nouveaux marqueurs déjà intégrés par la filière de la construction en béton », indique Benjamin Daubilly.
Une normalisation qui s’accélère
Cette conviction traverse l’ensemble des textes révisés courant 2025 et les nouveaux documents produits. Les dernières évolutions sur la formulation des bétons étaient somme toute récentes (fin 2022). Elles s’adossaient, entre autres, aux travaux de recherche de la filière, tels que les projets nationaux. A savoir, Recybéton sur l’utilisation des granulats de béton recyclés, et PerfDub sur la justification de la durabilité des bétons par méthode performantielle. Toutefois, l’ensemble des acteurs de la filière se sont mobilisés pour aller plus loin. Leur principale considération : proposer de nouvelles règles de formulation pour des bétons à plus faible impact carbone. C’est dans cette perspective qu’a été constitué, en 2021, le groupe d’experts “Solutions Bas Carbone”, au sein de la commission Afnor P18B – Béton.
![Le bilan carbone doit être réalisé à l’échelle de l’ouvrage, le béton n’en étant qu’une composante... [©ACPresse]](https://www.acpresse.fr/wp-content/uploads/2026/01/2-Norme-Partie1-Web-1024x683.jpg)
Un corpus cohérent
Quatre années de travail plus tard, ces travaux se concrétisent avec la publication d’un ensemble cohérent de textes :
• le nouveau fascicule FD P 18-483-2 intitulé “Eco-conception des structures en bétons – Spécifications des bétons pour des ouvrages à impact carbone réduit” (mars 2025) ;
• le fascicule FD P 18-480 révisé “Justification de la durabilité des ouvrages en béton par méthode performantielle : approche à composition unique, approche par domaine de composition” (juillet 2025) ;
• le nouveau fascicule FD P 18-484 “Guide d’élaboration d’un dossier technique pour évaluer un nouveau liant ou une nouvelle addition” (juillet 2025) ;
• Le complément national révisé de la norme NF EN 206+A2, qui intègre l’ensemble de ces avancées. Paru le 11 décembre 2025, ce corpus forme un cadre complet, destiné à accompagner l’évolution de la filière vers des solutions plus sobres en carbone.
![Il faut proposer de nouvelles règles de formulation pour des bétons à plus faible impact carbone. [©ACPresse]](https://www.acpresse.fr/wp-content/uploads/2026/01/3-Norme-Partie1-Web-1024x683.jpg)
L’ambiguïté “bas carbone” levée
Mais quelles ont été les principales thématiques abordées dans ces mises à jour et publications réglementaires ? Tout d’abord, il s’agissait de clarifier l’ambiguïté de la terminologie “bas carbone”, « largement utilisée sans qu’aucun n’en ait une même définition partagée », précise Sylvie Lecrux. Pour quel type de bétons ? Pour quelle classe de résistance ? Pour quelle classe d’exposition ? Pour quelle durée d’utilisation du projet ? En s’écartant de cette terminologie plutôt commerciale (et pourtant soumise à la réglementation sur les allégations environnementales), le fascicule FD P 18-483-2 permet d’exprimer un objectif de baisse carbone. Ceci, via des classes de réduction et en fixant le béton de référence auquel se comparer. Ce fascicule rappelle aussi la nécessité de faire le bilan à l’échelle de l’ouvrage, le béton n’étant qu’une composante. La partie 1 du fascicule est en cours de rédaction et permettra de se placer à l’échelle de la structure1.
Une nouvelle classe d’exposition
Ensuite vient la mise à jour majeur du complément national de la norme NF EN 206+A2/CN. Elle intègre un grand nombre d’évolutions concourant à la réduction carbone. La première d’entre elles consiste à lever certaines exigences de formulation de béton, qui demandaient à être reconsidérées pour des parties d’ouvrages à faible risque. Par exemple, l’introduction d’une nouvelle classe d’exposition XC0 destinée aux voiles intérieurs de bâtiment non armés en ambiance sèche. De quoi permettre de diminuer les niveaux exigences (dosage minimal en liant, résistance en compression du béton …) induits par la classe d’exposition XC1, non nécessaire dans le cas présent. Donc le poids carbone du béton concerné.
Autre exemple, l’allégement des contraintes de formulation pour les bétons d’ouvrages provisoires. Bétons dont l’application n’était pas spécifiquement prévue par la norme et qui n’ont pas vocation à avoir un temps d’usage allant au-delà de la durée du chantier. Donc bien en deçà de 50 ans ! L’annexe NA.N, tout juste créée dans la norme vient préciser les règles qui s’appliquent à ce cas particulier.
![L’arrivée sur le marché de nouvelles cendres volantes plus réactives justifie une nouvelle valeur de coefficient k. [©ACPresse]](https://www.acpresse.fr/wp-content/uploads/2026/01/6-Norme-Partie1-Web-1024x683.jpg)
Mieux valoriser les additions
Au cœur des valeurs limites de composition des tableaux de l’annexe NA.F, de nombreux points ont été regardés pour mieux valoriser les additions utilisées en combinaison avec un ciment :
a – intégrer l’arrivée sur le marché de nouvelles cendres volantes plus réactives, justifiant d’une nouvelle valeur de coefficient k (coefficient de prise en compte d’une addition minérale en substitution partielle d’un ciment). Celle-ci a été fixée à 0,7 pour ces cendres volantes, sous réserve de l’atteinte d’un nouveau niveau de performance précisé par la norme.
b – revoir à la hausse – et de manière significative – les taux d’additions minérales utilisables en substitution partielle du ciment selon les classes d’exposition.
Ce travail a été “ciselé”, classe d’exposition par classe d’exposition, ciment par ciment. Il s’est appuyé sur les dossiers présentés par les producteurs d’additions (métakaolins, cendres volantes…), démontrant le maintien de durabilité du béton.
Il a aussi été regardé l’ouverture à des combinaisons de ciment et d’addition en direction des CEM II/B et des CEM III/A de classe 42,5 au minimum. Donc de ne plus limiter cette possibilité aux seuls CEM I et CEM II/A.
L’ensemble de ce travail s’est assorti de règles, qui manquaient sur le contrôle des performances de certaines additions (cendres volantes, laitiers de hauts-fourneaux moulus). De quoi donner les garanties indispensables pour le producteur du béton qui les utilisent.
Une plus grande utilisation des bétons d’ingénierie
Par ailleurs, ce travail collectif a permis de reconsidérer les règles applicables aux bétons d’ingénierie. Ainsi, les taux de substitution des ciments par des additions pour les combinaisons “ciment + addition” ont été réévalués à la hausse. Ceci, avec une ouverture à des additions autres que les laitiers moulus de hauts-fourneaux. De même, il est à présent possible d’envisager une plus grande utilisation de ces bétons d’ingénierie. Et en particulier dans le cas de centrales à la marque NF BPE – grâce à la simplification de l’étude préliminaire. Enfin, des règles propres aux mélanges de ciment ont aussi été revues.
« Dans cette même logique de faciliter l’emploi de ces évolutions du béton, ce travail collectif a veillé à mieux guider les acteurs dans l’utilisation de la norme », indique Sylvie Lecrux. Et de conclure : « En particulier en cadrant mieux l’utilisation des tableaux NA.F selon les cas “ciment pur”, “mélange de deux ciments”, “combinaison de ciment + addition”. Mais aussi, en en facilitant la lecture en regroupant toutes leurs notes complémentaires pour leur utilisation ».
Dans Béton[s] le Magazine n° 122 – Mars/Avril 2026, vous pourrez découvrir la suite et fin de cette présentation du corpus normatif concernant la définition et la production des bétons.
Merci à France Ciment et au SNBPE pour leur contribution technique et rédactionnelle
1Lire aussi l’article “la classe carbone arrive…”, p. 28, dans Béton[s] le Magazine n° 116.
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