La centrale nucléaire qui devint un parc d’attractions

Muriel Carbonnet
26/09/2022
Modifié le 28/09/2022 à 11:25

Réhabiliter une centrale nucléaire, jamais mise en service, pour en faire... un parc d'attractions. Il fallait y penser ! Construit sur un ancien site nucléaire, le Wunderland Kalkar est un parc d'attractions atypique.

Article paru dans le n° 102 de Béton[s] le Magazine

Cette centrale nucléaire a été transformée en parc d’attraction ouvert au public. Une première mondiale ! [©Wunderland Kalkar]
Cette centrale nucléaire a été transformée en parc d’attraction ouvert au public. Une première mondiale ! [©Wunderland Kalkar]

Réhabiliter une centrale nucléaire, jamais mise en service, pour en faire… un parc d’attractions. Il fallait y penser ! Construit sur un ancien site nucléaire, le Wunderland Kalkar est un parc d’attractions atypique. « C’est un emplacement unique, au bord du Rhin. Et c’est le seul parc d’attractions au monde installé sur une ancienne centrale nucléaire », insiste Han Groot Obbink, directeur général du parc. Situé en Allemagne, en Basse-Rhénanie, à la frontière néerlandaise, ce site de 80 ha est sans danger pour les nombreux visiteurs qui profitent, chaque jour, de plus de 40 attractions. 

« Nous avons beaucoup communiqué à ce sujet, pour ne pas effrayer la population. » L’imposante tour de refroidissement de 42,30 m de haut est recouverte d’une fresque de paysage alpestre. Sa paroi en béton sert de mur d’escalade. Les bâtiments des turbines et du réacteur contiennent des chambres d’hôtel, des restaurants et des bars. Le tout dans des décors évoquant l’Egypte antique ou l’Ouest américain. 

Une centrale mort-née…

Dans les années 1970, l’Allemagne (à hauteur du capital de 68,5 %), la Belgique (14,75 %), les Pays-Bas (14,75 %) et le Royaume-Uni (2 %) décident de bâtir dans la ville de Kalkar une centrale nucléaire d’un genre nouveau, un “surgénérateur”. Ce dernier, ou SNR-300 (Schneller Natriumgekühlter Reaktor), est un réacteur nucléaire à neutrons rapides et à caloporteur sodium. C’est à Interatom, alors filiale de Siemens, qu’est confiée la construction du nouveau réacteur, qui commence fin 1973.

Il aura fallu quelque 250 000 mde béton et 58 000 t d’acier pour la réalisation du site. Mais le projet soulève de nombreuses craintes. Ces protestations constituent un fait marquant dans l’histoire du mouvement anti-nucléaire en Allemagne. Et contribuent à la naissance du parti Alliance 90 / Les Verts. En effet, de dizaines de milliers de personnes se mobilisent alors contre ce projet dès 1974. 

… Qui renaît en parc d’attractions

Les considérations de sécurité autour de la nouvelle technologie que représente le refroidissement au sodium et les nécessaires modifications du projet accroissent les coûts d’environ 3,7 Md€. Des exigences de sécurité constamment modifiées, des procès en série, les catastrophes nucléaires de Three Mile Island, aux Etats-Unis et de Tchernobyl en URSS. Ou encore le contre-choc pétrolier de 1986… entérinent la mort du surgénérateur.

Le projet est définitivement abandonné en 1991, après avoir englouti quelque 7 MdDM (environ 3,5 Md€) et mettant au chômage de centaines de personnes. Un entrepreneur néerlandais, Hennie van der Most, spécialiste de la reconversion de friches industrielles, rachète quatre ans plus tard le site et ses environs, pour quelque 2,5 MDM (1 M€). Aujourd’hui, Wunderland Kalkar accueille 500 000 à 600 000 visiteurs par an et emploie 440 personnes en haute saison (120 permanents). 

Wunderland Kalkar

Griether Strasse 110-120

47546 Kalkar

+49 2824 9100 

info@wunderlandkalkar.eu

M. C.

Article paru dans le n° 102 de Béton[s] le Magazine