Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 124.
Bouches-du-Rhône. De loin, on croirait un énième ensemble d’immeubles datant de la fin des Trente Glorieuses. Tout en béton. Plus on s’en rapproche, plus il interpelle avec ses multiples arches. Nous sommes ici au cœur du cimetière Saint-Pierre, à Marseille. C’est là que se dresse la Cathédrale du Silence, un édifice singulier souvent méconnu, composé de 6 ensembles en forme d’éventail, formant un cimetière vertical. Construites entre 1972 et 1977, ces tours de béton brut peuvent accueillir près de 190 000 défunts, répartis dans des urnes, cercueils et niches individuelles. Derrière ces façades austères se cache une histoire, qui interroge notre rapport à la mort et à l’architecture.
Un cimetière vertical
Ces édifices ont été conçus pour répondre à une problématique cruciale : le manque d’espace pour inhumer les défunts dans une ville en pleine expansion. En effet, Marseille se heurtait alors à la saturation de ses cimetières. Ce projet audacieux a été le fruit d’un concours lancé en 1968. Et le vainqueur ? L’équipe constituée par les architectes René Durandau, Roland Carta et Georges Rainaut, et par la société Les Travaux du Midi.

Haut de huit étages, l’édifice global se répartit en un bloc de deux barres d’un côté de l’éventail. Et un autre, de quatre barres, rappelant l’architecture des logements sociaux. Le tout a été réalisé avec une ossature porteuse constituée de poteaux et de planchers, et à l’aide d’éléments préfabriqués en béton, bien sûr. En déambulant dans ses couloirs, on ressent une sorte de paix. L’architecture se veut fonctionnelle, loin des ornements flamboyants des tombes environnantes du cimetière Saint-Pierre. Ouvertes sur une cour centrale, les galeries évoquent un cloître. Et puis, il y a ses couloirs, ses terrasses, ses escaliers, ses ascenseurs qui rythment l’ensemble. Une vraie résidence… juste silencieuse !
Visiter la Cathédrale du Silence, c’est plonger dans une réalité souvent ignorée : celle des vies entassées et des mémoires discrètes. Ce monument insolite est le témoignage poignant de l’urbanisme contemporain, où même les morts doivent trouver leur place, entre béton et mémoire.
Muriel Carbonnet-Villenave
Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 124.
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