Vracs de l’Estuaire : Le ciment, autrement

Anthony Saintomer
26/06/2019

L’usine cimentière des Vracs de l’Estuaire est en service depuis le mois de juin 2016. Elle produit aujourd’hui quatre ciments bénéficiant de la marque NF, pour un volume visé de 270 000 t pour l’année 2019. Visite guidée de l’unité de production installée sur la zone portuaire du Havre.

Vue aérienne du site des Vracs de l’Estuaire. De haut en bas, on distingue le bâtiment de stockage des matières premières, l’atelier de broyage et les silos de stockage et l’atelier d’ensachage, au premier plan. A droite, le petit bâtiment d’accueil et, au-dessus, les bureaux.
Vue aérienne du site des Vracs de l’Estuaire. De haut en bas, on distingue le bâtiment de stockage des matières premières, l’atelier de broyage et les silos de stockage et l’atelier d’ensachage, au premier plan. A droite, le petit bâtiment d’accueil et, au-dessus, les bureaux. [©Les Vracs de l’Estuaire]

C’est au niveau du quai ATV 3 que sont déchargés les vraquiers chargés de clinker importé du Maroc. Le gypse arrive au même endroit, mais en provenance d’Espagne. « Notre clinker est produit dans notre cimenterie de Ben Ahmed, située à 70 km au Sud-Est de Casablanca. Il est acheminé par camions jusqu’au port de Casablanca, avant de prendre la mer jusqu’au Havre,indique Youssef Alaoui, directeur général délégué des Vracs de l’Estuaire. La taille des vraquiers varie entre 20 000 et 50 000 t. » Les matières premières sont déchargées dans une petite trémie-tampon de 60 t dépoussiérée et abritée des intempéries. Cette dernière permet le remplissage des semi-remorques, elles aussi bâchées. 

Le quai ATV 3 est situé à 3 km à peine de l’usine cimentière des Vracs de l’Estuaire. C’est là que la filiale française du groupe Cimat-Cimaf [lire encadré “A la conquête de la France”] a élu domicile. « Nous exploitons un site de 7,5 ha au total. Celui-ci est implanté en bord d’eau, mais le quai n’est pas accessible pour le moment… » L’industriel ne désespère pourtant pas de voir s’organiser, un jour, un déchargement en extrémité de sa parcelle. En attendant, les camions font la navette pour venir déverser leur chargement dans une installation de ballage étanche, dépoussiérée et équipée de filtres. Deux véhicules peuvent y vider leur cargaison en même temps. De là, les matières premières sont reprises par bandes transporteuses, d’un débit de 800 t/h, et transférées en direction du hall de stockage. 

Un broyeur au cœur du process

Les camions viennent déverser leur chargement de clinker dans une installation de ballage étanche, dépoussiérée et équipée de filtres. [©ACPresse]
Les camions viennent déverser leur chargement de clinker dans une installation de ballage étanche, dépoussiérée et équipée de filtres. [©ACPresse]

D’une dimension de 240 m x 50 m, le bâtiment était existant et a juste bénéficié de quelques adaptations pour s’inscrire dans le process industriel du nouveau propriétaire. A l’intérieur, le stockage est divisé en quatre zones distinctes, dont la plus importante est dédiée au clinker d’origine marocaine. Viennent ensuite le stock de calcaire et celui du gypse. Enfin, à l’autre extrémité du lieu, la zone réservée au clinker “SR”, c’est-à-dire dédié au ciment CEM I 52,5 N SR5 CE PM CP2 NF [lire encadré “Une offre de quatre ciments”]. Celui-ci est importé du Portugal. 

Les matières premières sont reprises par une chargeuse Liebherr L 550, équipée d’un godet de 3 200 l, et déversées dans des trémies alimentant un tapis de transfert, d’un débit de 140 t/h. De là, un court voyage les amène jusqu’aux trémies-tampons de l’atelier de broyage. Elles sont au nombre de trois : 400 t pour le clinker, 100 t pour le calcaire et 100 t pour le gypse. Chacune de ces trémies est équipée en sortie d’un doseur Schenck. 

Cœur du process industriel de l’usine des Vracs de l’Estuaire, le broyeur est un Cemtec, d’une dimension de 14 m pour un diamètre de 4,40 m. Il est entraîné par un moteur ABB de 4 400 kW. Il fonctionne en circuit fermé et est connecté à un séparateur de 3egénération. 

4 500 t de stockage primaire

Cœur du process industriel, le broyeur est un Cemtec, d’une dimension de 14 m pour un diamètre de 4,40 m. Il est entraîné par un moteur ABB de 4 400 kW. [©ACPresse]
Cœur du process industriel, le broyeur est un Cemtec, d’une dimension de 14 m pour un diamètre de 4,40 m. Il est entraîné par un moteur ABB de 4 400 kW. [©ACPresse]

C’est le produit fini qui sort du broyeur. Le process fonctionne donc par campagne de production, chacune dédiée à un ciment particulier. Les Vracs de l’Estuaire en produisent quatre types [Lire encadré “Une offre de quatre ciments”]. 

Trois gigantesques silos de 1 500 t unitaires assurent le stockage des ciments. « Nous avons la possibilité d’installer deux silos supplémentaires, si le besoin s’en fait ressentir », complète Youssef Alaoui. 

L’atelier d’expédition s’articule autour de trois petits silos de 110 t chacun, positionnés au-dessus de deux ponts-bascules. Ainsi, une ligne de pesage, équipée par Ibau Hambourg, bénéficie d’une seule sortie de silo et l’autre, de deux sorties. En parallèle, le conditionnement en sacs est proposé. L’extraction du ciment concerné (le CEM II/A-LL 42,5 N CE CP2 NF) se fait directement au niveau de l’un des silos de 1 500 t pour être transféré vers une trémie-tampon de 25 m3. Celle-ci alimente une ensacheuse Roto Classic de Haver & Boecker. La palettisation Newtec constitue la dernière étape du process industriel.

Une 2eusine à terme

Comme il se doit, toute la production est contrôlée en interne. L’industriel dispose pour cela d’un laboratoire intégré. Par ailleurs, il a signé un contrat de partenariat avec MC Expertise. Ce laboratoire indépendant l’accompagne dans l’aide à la formulation des bétons réalisés avec les ciments de la marque. 

Montant progressivement en puissance, l’usine cimentière des Vracs de l’Estuaire table sur une production de 270 000 t de ciments en 2019. Soit 35 % de mieux que les 200 000 t atteintes en 2018. La zone de chalandise de l’industriel se développe sur 300 km autour du Havre.« Nous visons les BPE indépendants, les entreprises de BTP utilisant des centrales de chantier, les industriels du béton, qui attendent des réponses techniques. Mais aussi les négoces, avec notre offre de ciments en sacs, et enfin, dans une moindre mesure, les grandes surfaces de bricolage », résume Youssef Alaoui. 

A terme, Les Vracs de l’Estuaire visent une production annuelle de 600 000 t. Bien entendu, ce but à atteindre dépend du développement du marché touché par l’industriel. Enfin, en France, l’essor de l’entreprise devrait se poursuivre, sans doute à partir de Fos-sur-Mer. C’est là qu’est envisagée la 2eusine cimentière, sur une zone portuaire, comme il se doit. 

Frédéric Gluzicki

A la conquête de la France

Alaoui, directeur général délégué des Vracs de l’Estuaire.

Alaoui, directeur général délégué des Vracs de l’Estuaire. [©ACPresse]

Si sept ans est considéré comme l’âge de raison, le groupe marocain Cimat-Cimaf l’a déjà atteint et même dépassé. Mais son développement important montre qu’il continue sa croissance. « Notre groupe est né en 2009, à l’initiative d’Anas Sefrioui. Depuis, il a bien essaimé »,indique Youssef Alaoui, directeur général délégué des Vracs de l’Estuaire. 

L’aventure a commencé par la mise en service de deux cimenteries au Maroc, sous l’égide de Ciments de l’Atlas (Cimat) : Ben Ahmed et Beni Mellal. Toutes deux sont situées au Sud-Est de Casablanca, la première à 70 km et la seconde à 220 km. Autre point commun, leurs capacités de production : 1,6 Mt/an. Aujourd’hui, un centre de distribution, installée à Salé, à côté de Rabat, et huit centrales de BPE (Casablanca, Rabat et Tanger) complète le dispositif marocain de Cimat.

En 2011, le groupe a fait le choix de partir à la conquête de l’Afrique de l’Ouest et centrale, à travers la création de l’entité Cimaf (Ciment de l’Afrique). Depuis, il est implanté dans onze pays : Burkina Faso, Cameroun, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée-Bissau, Guinée-Conakry, Mali, Mauritanie et Tchad. « La capacité de production cimentière du groupe est de l’ordre de 10 Mt/an pour l’ensemble de ses installations », reprend Youssef Alaoui. Et de poursuivre : « Au fil du temps est né le souhait de diversifier le groupe au-delà des limites de l’Afrique, soit en Amérique du Sud, soit en Europe. »

L’impossible cimenterie

Une opportunité a orienté l’essor vers l’Europe, et la France en particulier. « Nous étions candidats au rachat de Kercim. Les choses ne se sont pas faites, mais nous sommes entrés au capital des Vracs de l’Estuaire, à hauteur de 75 %, l’entité CEM 21 détenant les 25 % restants. »C’était en 2014. Trois ans plus tard, Cimat en est devenu l’actionnaire unique et a aussitôt démarré les travaux de construction d’un centre de broyage sur la zone portuaire du Havre. Un investissement de 50 M€ pour un dispositif industriel érigé en seize mois et mis en service au tout début de l’été 2016. Les Vracs de l’Estuaire ont obtenu le marquage CE dès le mois de décembre de la même année, puis le droit d’usage de la marque NF, fin août 2017. 

Le choix d’une implantation dans un port était stratégique, car Cimat n’envisageait pas la construction d’une cimenterie “green field”, chose pour ainsi dire impossible en France de nos jours... « Notre modèle économique constitue à importer notre matière première - le clinker - à partir de notre cimenterie de Ben Ahmed. Toutefois, nous ne nous interdisons pas d’acheter notre clinker ailleurs, en dehors du groupe, si le besoin s’en fait ressentir,conclut Youssef Alaoui. Mais dans tous les cas, il s’agira d’une source d’approvisionnement unique, afin de garantir une qualité constante de notre production. »

Une offre de quatre ciments

Les Vracs de l’Estuaire proposent, entre autres, une CEM II/A 42,5 N en sacs de 35 kg et de 25 kg

Les Vracs de l’Estuaire proposent, entre autres, une CEM II/A 42,5 N en sacs de 35 kg et de 25 kg [©ACPresse]

Depuis le 13 juillet 2018, l’ensemble de la production de l’usine cimentière des Vracs de l’Estuaire, située dans la zone portuaire du Havre, bénéficie d’un droit d’usage de la marque NF. Sachant que trois des quatre ciments sortant du site en profitaient déjà depuis une année. 

L’offre est simple et commence par une ligne de ciments en sacs. A vrai dire un même CEM II/A-LL 42,5 N CE CP2 NF, mais proposé en deux conditionnements. « Baptisé “Le 42,5”, ce ciment est disponible en sacs de 25 kg, de couleur orange, et en sacs de 35 kg, de couleur bleu », indique Youssef Alaoui, directeur général délégué des Vracs de l’Estuaire. Traité pour une longévité de 6 mois, “Le 42,5” est destiné aux travaux courants en béton et mortier. Il offre une résistance élevée et une excellente maniabilité. De plus, la qualité des sacs permet d’augmenter la résistance du produit à l’humidité et à la pluie.

Admis à la marque NF par Afnor Certification en date du 13 juillet 2018, le CEM I 52,5 N SR5 CE PM CP2 NF est un peu le haut de gamme des Vracs de l’Estuaire. Il offre les caractéristiques complémentaires “prise mer” et “CP2” (utilisables dans les bétons précontraints par post-tension). De plus, il présente des teneurs limitées en aluminate tricalcique (C3A), qui permettent de conférer aux bétons une résistance accrue à l’agression des ions sulfate en présence d’ions chlorure, au cours de la prise et après. Ce ciment possède aussi une caractéristique d’hydratation peu exothermique (faible chaleur d’hydratation). 

Deux autres ciments complètent pour l’heure l’offre de l’industriel. Tout d’abord, le CEM I 52,5 N CE CP2 NF, donné pour une résistance à la compression de 25 MPa à 24 h et de 62 MPA à 28 j. Il présente une teneur en clinker de 96 %. Enfin, le CEM II/A-LL 42,5 R CE CP2 NF. Ciment proposé en vrac, sa résistance à la compression est de 19 MPa à 24 h et de 54 MPa à 28 j. Sa teneur en clinker est limitée à 86 %, pour 14 % de calcaire.  

 

 

 

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