Un noir luminescent pour sublimer le béton

Rédaction
17/10/2019

A Strasbourg, le Théâtre du Maillon prend peu à peu forme, ceint dans une enveloppe en béton noir. Cet écrin simple d’apparence reste complexe dans sa réalisation. D’autant plus que la teinte sombre constitue la clef de voûte du projet, signé Lan Architectes.

Les ouvertures sont l’interface avec la ville, une zone d’échanges entre un extérieur ouvert et un intérieur plus intime, mais qui se dévoile. 
[©ACPresse]

“Quelle belle couleur que la couleur noire, l’envers obscur de nos rêves”. Est-ce cette citation, tirée de l’ouvrage “En attendant la montée des eaux”, roman signé Maryse Condé, qui a guidé le cabinet Lan Architectes dans le choix de la teinte des bétons du Théâtre du Maillon, à Strasbourg ? Ou bien est-ce une autre considération ?« Le noir donne une plus grande abstraction aux choses », justifie Francisco Martinez, architecte en charge du suivi du chantier. Cohérent pour un lieu d’expression et de concept, par définition… 

Situé dans le quartier de Wacken, au Nord de Strasbourg, le nouveau Théâtre du Maillon sera investi par une compagnie théâtrale, qui occupe aujourd’hui un hall du Parc des expositions, mitoyen. « Cette troupe aime occuper des lieux singuliers, sortir des murs… C’est cet esprit de théâtre, qui a guidé le projet. » D’une manière générale, un théâtre suit une certaine logique, linéaire. Il y a un espace public, qui figure l’entrée, puis la salle principale et, enfin, les coulisses. Le Maillon, lui, est évolutif, flexible. Il reprend une trame urbaine. Cinq grands espaces modulent le lieu : une cour d’entrée au Sud, une grande salle de 750 places avec gradins rétractables, un espace de convivialité, une salle secondaire de 250 places et un espace logistique au Nord. 

Une simplicité trompeuse

D’immenses ouvertures carrées, de 6 m de côté, percent les voiles. La lecture de l’échelle du bâtiment en est perturbée.
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A cela s’ajoute une cour ouverte de stockage. Des “rues” divisent ces zones, qui chacune, peuvent être ouvertes ou fermées. Une partie des murs intérieurs est mobile. Ainsi, la petite salle peut constituer le prolongement de l’espace de convivialité… Et la cour, devenir un espace de représentation en plein air.

Une enveloppe en béton noir ceint le lieu, sans le confiner. D’immenses ouvertures carrées, de 6 m de côté, percent les voiles. La lecture de l’échelle du bâtiment en est perturbée. « Ces ouvertures sont l’interface avec la ville. »La zone d’échanges entre un extérieur ouvert et un intérieur plus intime, mais qui se dévoile. 

L’entreprise belfortaine Albizzati assure les travaux de construction du nouveau théâtre. « Ce projet est très exigeant en termes de précisions sur les bétons. Les façades sont trompeuses, simples en apparence et très complexes dans les faits », explique Alain Albizati, gérant de l’entreprise éponyme. Coulés en une seule levée, les voiles se développent sur une hauteur de 14,20 m. A chaque fois, ils intègrent deux ouvertures sur la hauteur. Pour leur coulage, l’entreprise a loué des banches TP de Sateco, car elles autorisent la mise en place de contre-peaux coffrantes et sont adaptées à des coulages de grande hauteur.

Un partenariat à cinq 

Coulés en une seule levée à l’aide de banches TP de Sateco, les voiles se développent sur une hauteur de 14,20 m.
[©ACPresse]

« Le travail de préparation des banches a été fait en partenariat avec Hans Coffrage, une entreprise vosgienne avec qui nous collaborons régulièrement », souligne Alain Albizati. Les voiles intègrent un dessin de poteaux et de poutres en bas-relief, séparé des parties planes par des joints en creux. Pour certaines, les contre-peaux de coffrage sont à usage unique. D’autres voient quelques réutilisations, compte tenu d’une répétitivité de la trame des façades. 

Les encadrements des ouvertures bénéficient d’un travail préparatoire tout aussi précis. De tailles imposantes, les mannequins, qui y sont insérés avant bétonnage, nécessitent un contreventement important. Tout comme les voiles de grande hauteur, après décoffrage. « Ce chantier est un véritable partenariat à cinq entre l’architecte, le bureau d’études, le fournisseur de béton, l’adjuvantier et nous-même, l’entreprise. »Car, si la mise en place des outils coffrants est un morceau de bravoure, le béton des voiles en est un autre… En premier lieu, il est auto-plaçant, entraînant toute une cohorte d’exigences. A commencer par une ouvrabilité limitée à 2 h, avec un but précis : ne pas risquer d’augmenter la pression dans le coffrage du fait d’un démarrage de prise tardive… 

Un duo plastifiant – superplastifiant

« Chaque campagne de bétonnage voit la mise en place de 45 à 65 m3de béton. La vitesse de montée du béton dans le coffrage est de l’ordre de 2 m/h, cadence ajustée par la tension enregistrée sur les tiges traversantes, serrées à la clef dynamométrique », explique Alain Albazati. Ces tiges sont au nombre de 154, réparties selon une maille régulière et précise sur l’ensemble des 200 m2de coffrage ! 

« Le béton noir représente un volume total de 1 700 m3, contre 1 400 m3de béton classique de classe de consistance S3, détaille Hervé Richet, chef de secteur Bas-Rhin Sud chez Eqiom Bétons. Il s’agit d’un C 30/37, d’une résistance réelle mesurée supérieure à 40 MPa. Ce choix a permet d’optimiser un peu l’épaisseur des voiles, en amont des travaux. Celle-ci oscille entre 35 et 45 cm.Pour répondre au cahier des charges imposé pour le béton noir, Eqiom a travaillé de concert avec BASF CC, le fournisseur des adjuvants. Et la palette était riche. L’ouvrabilité et la fluidité ont été gérées par un duo plastifiant – superplastifiant. « Pour ce faire, nous avons proposé un couplage MasterPolyheed 520 et MasterGlenim Sky 841 »,dévoile Dominique Cuadras, responsable de secteur Centre-Est BASF CC. Et Michaël Nowak, ingénieur technico-commercial BASF CC de poursuivre :« Cette synergie a permis d’obtenir de manière concomitante une bonne réduction d’eau, et une consistance fluide et homogène. Les effets d’émulsion ont été minimisés, évitant les phénomènes de bullage ou les traînées inesthétiques ».

Sublimer le noir

Les voiles intègrent un dessin de poteaux et de poutres en bas-relief, séparé des parties planes par des joints en creux.
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Clef de voûte du projet, la teinte noire a été obtenue par l’introduction du pigment MasterColor 100 Noir Intense, lui aussi issu du catalogue Master Builders Solutions (BASF CC). Beaucoup plus prononcé qu’un noir classique, ce pigment apporte la profondeur et l’éclat attendus par l’architecte. Teinte encore renforcée par l’emploi du MasterPel 795. Quatrième constituant BASF CC du béton, cet additif apporte une protection contre les efflorescences, tout en intensifiant la couleur et l’aspect brillant du béton. « La MasterPel 795 empêche la formation de carbonate de calcium en surface et limite la pénétration de l’eau dans le béton, augmentant d’autant sa résistance aux cycles de gel/dégel », poursuit Michaël Nowak. Enfin, pour sublimer la teinte noire, une fois les bétonnages achevés, l’ensemble de l’enveloppe sera revêtu du MasterPel 300. Cet agent assure la double fonction d’hydrofuge et d’oléofuge. En phase aqueuse, non filmogène, il sera appliqué par pulvérisation. Et apportera une protection complémentaire contre les efflorescences pour un béton plus noir que jamais, lisse et lumineux. Un vrai décor de théâtre…

Frédéric Gluzicki

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