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Romain Taieb : Bienvenue dans la matrice

Romain Taieb incarne la fusion entre l’art et l’industrie, ayant dédié près de deux décennies à la création de textures, de matrices et de bas-reliefs pour les coffrages en béton.

Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 124.

Des textures, des bas-reliefs par terre, au mur, empilés… Il y en a partout ! Comparables à de véritables tableaux que l’on peut regarder, toucher… Romain Taieb a installé son atelier à Montreuil-sous-Bois (93). C’est là qu’il crée des matrices capables de produire des panneaux sur mesure pour toutes sortes de bâtiments, mais aussi pour des vitrines, des décors… pour des maisons de luxe, des objets, des sculptures… Il conçoit ses modèles, en utilisant diverses techniques et matériaux : « Je sculpte mes textures dans le plâtre, la mousse ou sur un lit d’argile. Je crée des tampons, j’estampe, je moule, j’utilise des éléments naturels… Chaque motif nécessite une réflexion et un processus de création différent. J’essaye d’échapper au rendu froid et stéréotypé des fraiseuses numériques ».  Ce processus créatif est à la fois un défi technique et une exploration artistique, toujours différents.

A la fois défi technique et exploration artistique

Matrices créées pour le compte de Noe. [©Noe]
Matrices créées pour le compte de Noe. [©Noe]

Le parcours de Romain est celui d’une histoire atypique. Il passe d’abord par les Beaux-Arts de Paris. Sa collaboration avec une décoratrice de la maison de mode Céline lui ouvre les portes d’un nouveau monde. Il conçoit pour elle d’imposantes matrices imitant la peau de crocodile pour décorer les vitrines. A l’époque, ses réalisations se démarquent par leur esthétique, bien éloignée des standards du secteur du bâtiment. A la suite de l’obtention du Prix de Vitry-sur-Seine (94) en 2000, une exposition rend hommage à son travail, avec une installation de 300 m² où il moule tout son atelier en latex noir. Dans les années 2000, il fait ses premiers pas aux côtés d’industriels, comme Reckli, référence en matière de matrices. Il propose alors une approche novatrice et artistique, qui bouscule les conventions avec la création de plusieurs dizaines de nouveaux modèles. « Au contact du milieu professionnel, j’ai vraiment appris à concevoir des matrices pour béton. Les contraintes étant très spécifiques et très rigides » . Il fait de même avec la société Grace, aujourd’hui Chryso (filiale de Saint-Gobain), en créant pour eux une gamme de matrices.

Orner le béton de textures et de formes

Il a fallu une approche délicate et réfléchie pour capturer l’essence des galets. [©Romain Taieb]

Il y a peu, Romain Taieb a travaillé sur des modèles inspirés de la nature, tels que des galets ou des feuilles.

Aujourd’hui, Romain Taieb navigue entre son travail de création personnelle, ses recherches de matières, de textures et couleurs, et des applications plus tangibles avec des industriels. De plus, il collabore avec des architectes, créant des designs sur mesure qui répondent à des demandes précises. Il y a peu, il a travaillé sur des modèles inspirés de la nature, tels que des galets ou des feuilles, nécessitant une approche délicate et réfléchie pour capturer leur essence. Son partenariat actuel avec Noe, fabricant allemand de matrices, illustre cette dynamique collaborative. Romain réalise des échantillons ou des essais de matières pour des architectes, puis les modèle grandeur nature dans son atelier, veillant à ce que chaque création respecte les contraintes esthétiques et techniques. Cela implique souvent des allers-retours entre son atelier et l’usine pour garantir que le modèle final soit prêt pour la production en série.

Modèle Champagne créé par Romain Taieb pour Reckli, à la clinique Petka Varna, en Bulgarie. [©Evgeni Dinev]

Romain ne se limite pas à concevoir des matrices, il aspire à une utilisation plus réfléchie et visuelle du béton. Il plaide pour que les architectes prennent conscience de l’impact de leurs choix sur l’environnement et sur l’esthétique des bâtiments. « Il est crucial de s’interroger sur l’utilisation du béton, en le sublimant avec des textures et des formes, en lui donnant une couleur. On enrichit ainsi le paysage urbain. On contribue à lui donner du sens. »

Romain Taieb réalise des échantillons ou des essais de matières pour des architectes, puis les modèle grandeur nature dans son atelier, veillant à ce que chaque création respecte les contraintes esthétiques et techniques. [©Romain Taieb]

A travers son travail, Romain Taieb se positionne comme un véritable acteur de la transformation du béton, mêlant habilement art et technique pour offrir une vision nouvelle à ce matériau. Sa démarche témoigne de son engagement pour une architecture plus belle et réfléchie.

Muriel Carbonnet-Villenave

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Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 124.

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