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Projet Avant-Seine : Une rampe à vélos comme geste architectural

A Paris, le cabinet d’architecture Gensler signe une rampe à vélos monumentale, dans le cadre du projet de réhabilitation de l’ensemble immobilier Avant-Seine.

Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 126

“Elle sort de son lit, tellement sûre d’elle, La Seine, La Seine, La Seine…” Les plus jeunes d’entre vous ou parents de Gen Z auront sans doute la référence. Nous sommes en 2011. Sur les écrans est projeté “Un Monstre à Paris”, dont Matthieu Chedid – alias M – signe la bande-son. “La Seine” en est le titre phare.

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Fleuve symbole de Paris, la Seine constitue aussi l’inspiration du vaste projet de réhabilitation d’un ensemble immobilier de bureaux datant du début des années 2000, appartenant JPMorgan (et dont la Caisse des Dépôts est le futur preneur du bâtiment). Son nom : Avant-Seine… Son implantation : à deux pas de la gare d’Austerlitz. « L’objectif des travaux est de rendre cette construction plus en phase avec les attentes, en termes de performances thermiques, tout en remettant l’ensemble au goût du jour », explique Anthony Joyeux, directeur de projets au sein de l’agence Gensler France. Studio d’architecture américain à l’origine, Gensler est né il y a 60 ans et a installé quelque 57 bureaux à travers le monde. Il opère sur notre territoire depuis 6 ans et reste spécialisé dans le tertiaire. Côté travaux, c’est l’entreprise Petit (groupe Vinci), qui officie à la réhabilitation de l’ensemble Avant-Seine.

Autour du fût s’enroule une rampe hélicoïdale, d’une largeur de 2,40 m et présentant une pente continue de 12 %. [©ACPresse]

Un fût en béton matricé

La particularité du bâtiment est de bénéficier de deux accès situés à des niveaux différents. D’un côté, en rez-de-chaussée et, de l’autre, en rez-de-quai, c’est-à-dire positionné environ 13 m plus bas. « Avec le développement des modes de déplacement doux, la Direction de l’urbanisme de la Ville de Paris a voulu la présence d’un parking à vélos accessible depuis la rue, reprend Anthony Joyeux. Pour pouvoir y accéder en même temps à partir du rez-de-chaussée et du rez-de-quai, nous avons imaginé la création d’une rampe hélicoïdale… »

Geste architectural du projet, cette rampe à vélos constitue « une intervention emblématique et hautement visible, intégrant la mobilité active au cœur même de l’identité du bâtiment ». Ainsi, Gensler a voulu un ouvrage travaillé, au dessin soigné. « La rampe est à la fois une infrastructure et un élément d’architecture, apportant mouvement et animation à l’espace public, tout en créant une expérience plus sûre et plus intuitive pour les cyclistes. Cet élément s’articule autour d’un fût matricé, dont le design présente une structure à cannelures éclatées », résume Anthony Joyeux. Un aspect obtenu à l’aide d’une matrice Reckli. A savoir, le modèle 1/41 B Ibiza, dont les cannelures affichent une largeur de 15 mm, tout comme le fond, lisse pour sa part. Quant à la profondeur des gorges, elle est de l’ordre de 44 mm. « Pour cet élément central, nous voulions un côté brut, minéral, structurel. Nous avons opté de manière spécifique pour le modèle Ibiza, car le béton ainsi matricé capte particulièrement bien la lumière, mettant en valeur sa texture. »

La sous-face de la rampe présente un aspect ultra-lisse, très esthétique, comme le souhaitait l’architecte. [©ACPresse]

Le point le plus complexe de la réalisation

De forme oblongue, le fût se développe sur 7,20 de long pour 2,20 m de large et une hauteur globale de 16,30 m. « Nous l’avons coulé en quatre levées de 5,20 m pour la première puis, de 3,70 m pour les trois suivantes », détaille David Goncalves, maître compagnon de l’entreprise Petit. Et Claire Bressy, responsable gros œuvre, de compléter : « S’assurer du parfait alignement du dessin de la matrice, d’une levée à l’autre, a constitué le point le plus complexe de cette réalisation ». Un point d’autant plus crucial que la rampe constitue l’une des signatures du projet.

D’un point de vue technique, le fût est creux, car il intègre un ascenseur monte-vélos. Classique, l’épaisseur des voiles – hors surépaisseur des cannelures – est de 20 cm. « Pour son coulage, nous avons utilisé l’auto-plaçant Lafarge Agilia 360 Architectural. Un béton XF 1 de classe de résistance C40/50 formulé sur la base d’un CEM II et additionné d’un filler calcaire », reprend Benjamin Yvars, ingénieur de travaux. De type architectonique, le matériau intégrait des granulats de faible diamètre (Ø 10 mm), pour favoriser un aspect lisse de la surface. Quelque 60 m3 ont été nécessaires pour l’opération.

L’entreprise Petit a réalisé un travail très soigné pour traiter la jonction entre le fût matricé et la sous-face de la rampe. [©ACPresse]

Une pente à 12 % pour la rampe

La rampe continue de 2,40 m de large a été coulée au fur et à mesure de la réalisation du fût. Elle présente une pente de 12 %, ce qui a nécessité un béton plus ferme, d’une classe de consistance S3. Petit a opté pour l’Artevoile de Lafarge, un béton destiné aux ouvrages ayant des parements destinés à rester apparents. D’une résistance C40/50, XF 1 aussi, le matériau s’articule autour d’un ciment de type CEM II, additionné d’un filler calcaire pour des surfaces plus fines. « En effet, la sous-face est ultra-lisse, pour des questions d’esthétique », convient Claire Bressy. Ici, le volume a atteint 55 m3. Pour le coulage, Petit a utilisé un coffrage sur mesure en bois, conçu par Gradel (groupe Nord Coffrages) et livré depuis son site de Magland, en Haute-Savoie.

Compte tenu de son inclinaison, il sera nécessaire de descendre de son vélo pour emprunter la rampe. Bien entendu, sa surface est balayée pour une meilleure adhérence… La rampe dans son ensemble s’inscrit dans un large silo, qui franchit plusieurs niveaux du bâtiment. En plus de la présence centrale de la rampe et d’un éclairage étudié, ce puits bénéficiera d’une belle création artistique au niveau de ses parois. Que les cyclistes pourront admirer à chacun de leur passage sur la rampe…

A l’intérieur du fût prend place un ascenseur pour permettre aux cyclistes de rejoindre la sortie, côté rez-de-chaussée, située 13 m plus haut… [©Gluzicki Frédéric]

Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 126

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