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Iván Argote : Viva la revolución en béton

Le parcours et les créations d'Iván Argote témoignent d’une démarche artistique engagée, où le béton est une véritable plate-forme de dialogue et de réflexion sur notre société.

Artiste colombien installé en France depuis 2006, Iván Argote a su transformer le béton en un vecteur d’émotion et de réflexion sociale.

Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 126

Avec un parcours qui a débuté par des études en graphisme et cinéma en Colombie, Iván Argote s’est vite tourné vers l’art contemporain, cher­chant à interroger l’espace public à travers ses créations. Arrivé à Paris en 2006 pour intégrer les Beaux-Arts, il ne parlait pas un mot de fran­çais. Ce déménagement a été pour lui une renaissance.

Une occasion de se re­nou­ve­ler artistiquement, tout en décou­vrant les défis de la solitude et du froid. Politique, hu­mour, tendresse et poésie se mêlent dans son travail, créant un univers riche et nuancé.

Le béton, un vecteur politique

Dignidad est une installation en béton itinérante pendant 1 an aux Etats-Unis, en collaboration avec le Floating Museum et la curatrice Carla Acevedo-Yates.n [©Courtesy Floating Museum et l’artiste, Photographe : Eric Perez]

Dignidad est une installation en béton itinérante pendant 1 an aux Etats-Unis, en collaboration avec le Floating Museum et la curatrice Carla Acevedo-Yates. [©Courtesy Floating Museum et l’artiste, Photographe : Eric Perez]

Issu d’une famille militante ayant vécu les ré­vo­lutions colombiennes des années 1970 et 1980, Iván a toujours été influencé par les thèmes de la protestation, de la désobéissance civile et de la résistance. Pour lui, « il y a de la politique dans tout ce que l’on fait », soulignant le lien intrin­sèque entre l’art et la société. Son parcours est mar­qué par une exploration constante à travers divers médias, tels que la photographie, la vidéo, le dessin, la per­formance, l’installation et la sculpture. Et le béton y occupe une place de choix.

Pour Iván, le béton est un véritable moyen d’ex- ­ pression. « J’aime bien le béton, un matériau avec une certaine du­reté. J’essaie de l’adoucir, parce qu’il parle d’amour, de tendresse, de douceur. C’est pour ça aussi que j’aime bien lui donner des tons un peu chauds.Et une texture tactile que j’estime inté­ressante. Je trouve un peu magique aussi le fait que liquide, il devienne solide com­me de la pierre ». Sa fascination pour le béton se reflète dans des œuvres monumentales, com­me son obélisque, un clin d’œil ironique aux sym­bo­les de pouvoir: « Qui perd sa force et qui est un peu plié, comme s’il perdait son érection ».

L’artiste conçoit ses propres mélanges de bé­ton, un pro­cessus expé­rimen­tal qui té­moi­gne de sa passion pour le ma­té­riau.« J’aime beau­coup le mélanger avec du la­tex, de la fibre… Je teste les ciments. » Cette approche artisanale renforce le lien entre l’artiste et son œuvre, chaque pièce étant le résultat d’un travail minutieux et d’une réflexion profonde.

Une démarche artistique engagée

Mobile en bois, béton, métal, peinture acrylique et feuille d’or. [©Courtesy Perrotin Collection Guggenheim. Photographe : Guillaume Ziccarelli]

Dans ses premières séries d’œuvres, qu’il qualifie “d’Excerpts”, Iván s’inspire de graffitis qu’il a observés dans la rue, souvent chargés de significations sociales et politiques. Ces premières interventions se sont traduites par la reconstruction de morceaux d’architecture, mêlant béton et brique pour donner vie à ses visions.

L’artiste explore des thèmes d’actualité et de justice sociale. Il intègre cette sensibilité dans ses travaux, cherchant à jeter un œil critique sur comment on organise cet espace public symboliquement. Son projet au Cameroun, où il a choisi d’intervenir dans les égouts pour y créer des dalles en béton ornées de poèmes sur la dignité, incarne cette approche. Iván raconte : « J’ai construit des poèmes qui parlaient de dignité, qui parlaient d’affect, qui critiquaient un peu le pouvoir en place ».

Installation in situ de dalles en béton ornées de poèmes sur la dignité et la liberté, au-dessus des égouts de l’espace public de Douala, au Cameroun. [©Courtesy de l’artiste]

Au fil des années, son œuvre a évolué, don­nant naissance à des créations, telles que des murs suspendus et des ponts dans des contextes va­riés, allant de Berlin à Chicago. Dans chaque projet, Iván utilise le béton de manière innovante, souvent en intégrant des techniques qui préservent des textures uniques. Ce qui ajoute une dimension tactile à ses sculptures. « J’aime bien qu’il se transforme en quel­que chose de doux. C’est ça que j’aime ». Son parcours et ses créations témoignent d’une démarche artistique engagée, où le béton est une véritable plate-forme de dialogue et de réflexion sur notre société.

Avec sa sensibilité unique, Iván Argote prouve que l’art peut être à la fois un reflet de notre monde et un moyen de le questionner.

Installation dans le désert de Coachella, aux Etats-Unis. [©Lance Gerber]

Depuis 2009, Iván Argote entretient une relation fructueuse avec la galerie Perrotin, une institution parisienne de l’art contemporain. Cette collaboration lui a permis d’étendre sa visibilité sur la scène internationale.

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Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 126

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