La 10e édition du Forum International Bois Construction, se tiendra à Paris, au Grand Palais, du 14 au 17 avril 2020.

Jonction phénoménale entre la nouvelle usine Swatch et l’usine Oméga à Bienne, en Suisse, un ouvrage de classe mondiale conçu par l’architecte Shigeru Ban, Special guest du bouquet final du Forum, jeudi 16 avril l’après-midi. [©JT]
Jonction phénoménale entre la nouvelle usine Swatch et l’usine Oméga à Bienne, en Suisse, un ouvrage de classe mondiale conçu par l’architecte Shigeru Ban, Special guest du bouquet final du Forum, jeudi 16 avril l’après-midi. [©JT]

Prenant de facto le relais des Etats généraux du bois dans la construction, qui se déroulaient chaque année en prélude du salon Maison Bois, le Forum International Bois Construction, implanté à l’Est, a marqué la dernière décennie et souvent joué le rôle de remontant. Alors même que la filière française de la construction bois faisait face à des difficultés majeures. Organiser la 10e édition à Paris, au Grand Palais, est une sorte de consécration. Mais aussi, l’occasion de sensibiliser le monde politique, tout en attirant les décideurs de la construction de tous bords. S’ajoute, cette année, l’accès du grand public à la partie exposition chorégraphiée par le Pavillon de l’Arsenal, sous la prestigieuse voûte. Jamais, depuis des décennies, la filière bois ne s’est présentée et dévoilée comme la construction bois le fera en avril. Une ambition qui fait démesurée, quand on sait que ce secteur pèse à peine 2 Md€, en termes de chiffre d’affaires. Pour autant, la construction bois est le fer de lance de la construction biosourcée au sens large, abondamment représentée au Forum depuis des années. En 2020, elle fera l’objet, le mardi 14 avril, d’une session inaugurale abordant tour à tour l’interaction entre bois et isolants biosourcés, d’une part. Puis, l’apport des matériaux géosourcés (pierre naturelle, terre…). La construction bois est aussi au cœur de ce qui constitue le principal apport de valeur ajoutée dans toute la filière française du bois. Enfin, le Forum Bois Construction est le représentant français d’un réseau de manifestations auto-gérées par la filière internationale de la construction bois, depuis 25 ans (avec notamment Forum de Garmisch en Allemagne, devenu depuis peu le Forum d’Innsbruck).

Par les pros pour les pros

La tenue exceptionnelle de ce 10e Forum à Paris donne à tout ce réseau une visibilité particulière et constitue une forme de consécration pour une approche finalement très new age : penser global, agir local. Ni les organisateurs ni les animateurs des multiples ateliers ne sont des communicants. Le programme lui-même est élaboré à partir des remontées annuelles du terrain. Et le ton et l’ambiance de l’évènement restent débonnaires et décontractés. En France, le Forum est surtout un moment de mise en relation de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre, des constructeurs et des fournisseurs industriels. On apprend au fil des ans à se connaître, à s’apprécier et on monte des projets ensemble, dans un secteur où la planification bien en amont est justement primordiale. Même si les organisateurs du Forum français attachent chaque année une importance presque maniaque à renouveler les thèmes du programme, à élargir le cercle des intervenants, à en rajeunir et à féminiser le panel, ce dernier n’est presque plus au cœur d’une manifestation qui joue désormais pleinement son rôle de rassemblement annuel et opérationnel des décideurs.

Surélévation de 3 niveaux rue Mademoiselle, à Paris. Atelier parallèle B2. [©ERCT]

Un congrès vertueux

On sait que le monde des congrès est un important contributeur aux émissions de gaz à effet de serre. Qu’il s’agit d’une forme de tourisme professionnel peu compatible avec les impératifs de la neutralité carbone. D’autant que Paris, 1ère destination de cette forme de rencontres, ne brille pas par sa gestion des déchets colossaux engendrés par toutes ces manifestations et expositions éphémères. Un Forum Bois Construction, qui n’a obtenu la possibilité d’occuper le Grand Palais qu’à cause de l’attention générale que suscite le dérèglement climatique, se devait une forme d’exemplarité. Bien difficile à atteindre dans une filière peu dotée. Les stands, conçus par l’Ecole normale supérieure d’architecture de Paris-Belleville sous l’égide de Ludovic Bost avec Martin Monchicourt et Hervé Roux au sein du très performant atelier bois, sont le parangon de la démarche durable. La matière est le feuillu français. Tout est démontable, réutilisable et le sera sans doute à l’avenir pour les prochaines éditions du Forum, à Nancy-Epinal ou ailleurs. S’ajoute un auditorium minimaliste, mais qui recourt aux élégantes cloisons cintrées en CLT inventées par l’architecte franco-britannique Steven Ware (Art&Build). Quant au bilan carbone des participants, il a été optimisé par un centrage sur de très nombreuses opérations emblématiques locales, servies par des interlocuteurs locaux. Ce qui n’empêche pas la venue d’un certain nombre d’acteurs étrangers, qui permettent d’élargir les horizons. Et pour ce qui concerne les congressistes nationaux, Paris est la ville la mieux connectée en matière ferroviaire.

Le billet d'humeur : Une filière bois déboussolée

Crèche de gare pilote du programme d'équipement de l'AREP. [©AREP]

Crèche de gare pilote du programme d'équipement de l'AREP. [©AREP]

La construction bois est au cœur de ce qui constitue le principal apport de valeur ajoutée dans toute la filière française du bois. A savoir, la mise en œuvre de produits à base de bois dans le bâtiment, qui pèse plus de 8 Md de valeur ajoutée sur 24 Md de valeur ajoutée totale. Aujourd’hui, l’accélération du changement climatique replace le confort d’usage au centre des préoccupations. Comment supporter des canicules longues et intenses sans climatisation ? Sachant que le recours à des procédés courants de climatisation aggrave à la fois l’effet de serre et augmente encore la température urbaine. Jusqu’à présent, on considérait que la construction bois était en quelque sorte le mauvais élève à cause de son manque d’inertie. Ainsi, dès que la température monte, un ouvrage en bois ne dispose guère de réserves de masse pour stocker la chaleur excédentaire. C’est ce qui justifie ou impose, dans les calculs dynamiques, l’apport fréquent de maçonneries dans les ouvrages, quand cela ne sert pas plutôt d’argument commode pour dénaturer l’approche spécifique de la construction bois. A présent, les simulations dynamiques, qui sont exigées notamment pour des ouvrages de la Ville de Paris, se calent aussi sur la situation prévisible en 2050.

L’avance technologique de l’approche passive

Avec des pics de chaleur de 50 à 55 °C et des périodes de canicule récurrentes et prolongées, couplées avec de graves problèmes de pollution atmosphérique. Dans ce cas de figure, les maçonneries agissent vite comme un four. C’est pourquoi les spécialistes français de la gestion du confort d’été, EnvirobatBDM, préconisent une inertie moyenne. Mais aussi, toute une série de prescriptions complémentaires, visant à soulager des utilisateurs qui, aujourd’hui, s’endettent sur des décennies pour acquérir des logements répondant à la RT 2102. Alors que, si l’on s’en tient aux déclarations de Sébastien Maire, délégué général à la Transition écologique et à la Résilience à la Ville de Paris, ces mêmes logements seront devenus inhabitables en 2050, notamment à cause de leur belle exposition plein Sud. L’enjeu technologique de la construction actuelle est donc de concilier le recours massif à des matériaux biosourcés renouvelables stockant du CO2 et à un confort, ou du moins une possibilité d’usage dans un avenir proche. La construction bois dispose cependant d’un certain nombre d’atouts. Comme le développement de ventilations double flux filtrantes, sur lesquelles il est possible de greffer des systèmes de “températion” filtrants à base de produits non nocifs en matière d’effet de serre. En combinant la sur-isolation passive et la ventilation, on peut se protéger en partie de la pollution. Certes, l’approche allemande du PassivHaus a été développée en premier lieu pour résoudre la question de l’isolation thermique face au froid. Mais l’institut de Darmstadt s’est doté d’outils, qui lui permettent à présent de mieux appréhender la question du confort d’été.

Bois versus feu

Tandis que la Mairie de Paris anticipe les bouleversements climatiques, la filière française de la construction bois reste empêtrée dans ses velléités de construction de tours face à des contraintes de protection incendie de plus en plus drastiques. Les efforts entrepris pour contribuer par le bois à une réduction significative du bilan carbone des futurs Jeux olympiques et para-olympiques de Paris, en 2024, butent actuellement. Un fouillis mouvant d’une réglementation qui oublie carrément l’incendie climatique global au profit d’une sécurité individuelle finalement bien précaire. A ce régime, la massification de la construction biosourcée se fera attendre, d’autant que la maçonnerie traditionnelle vient de brandir l’arme du béton “bas carbone”. De sorte qu’il n’est pas encore impératif de se pencher sur ce qui terrorisait nos aïeux, à savoir la possibilité de transmission d’un incendie d’un ouvrage à l’autre. Dans les océans minéraux constitués de nos métropoles urbaines, les constructions bois servent au mieux d’appoints locaux. Par exemple, à l’occasion de surélévations, un secteur qui fait l’objet actuellement d’un engouement, explicable par l’envol des prix du foncier.

Jonas Tophoven

Toujours en avance

Le programme est à l’image de cette attention portée à l’environnement. L’an dernier, il avait été placé sous le thème : “La construction bois face au choc climatique”. Cette interrogation se poursuit cette année dans le cadre de la session inaugurale B du 14 avril. Le Forum s’est calé sur l’actualité, comme d’habitude. Il aborde les questions du Village olympique, de la rénovation de Notre-Dame, du carbone, s’intéresse aux programmes innovants de crèches, aux opportunités que présente le domaine hospitalier. La tenue de cette édition au Grand Palais cadre parfaitement avec la présentation de deux ouvrages en bois, qui en prendront le relais pour quelques années. Le Palais de la découverte éphémère par l’agence Construire, qui dressera ses tréteaux dans le XVe arrondissement. Et le Grand Palais éphémère installé sur le Champ de Mars par l’agence Wilmotte avec GL Events. Par contre, le Forum est bien malgré lui en avance sur la RE 2020, qui déroge par son retard aux engagements européens de la France en matière de protection du climat. Malgré les déclarations d’intention des représentants de la Mairie de Paris, tout reste à faire en matière d’implémentation de la construction biosourcée dans les tissus urbains. Et ce, à un moment où la région s’enorgueillit de comptabiliser 60 000 logements nouveaux en rythme annuel, des logements presque toujours dépourvus de toute cohérence avec les enjeux climatiques. Quant au Green Deal que vient d’annoncer la Commission européenne, le Parlement européen vient tout juste d’imposer que la filière bois en soit une partie intégrante, et la bataille visant à s’en servir comme levier pour une révolution systémique du bâtiment ne fait que commencer.

Jonas Tophoven

Forum International Bois Construction
Grand Palais, Paris, du 14 au 17 avril 2020
Informations et inscriptions sur www.forum-boisconstruction.com

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