Aurélien Grudzien : Comme une ode au ciment…

Muriel Carbonnet
27/09/2022
Modifié le 07/11/2022 à 12:17

Le Drômois Aurélien Grudzien peint depuis des années. Il a commencé par du figuratif. Aucun medium ne lui donnait satisfaction. Et c’est avec le ciment laqué, résiné et verni, ses aspérités et ses nuances, qu’il a pu exprimer pleinement son art abstrait.

Article paru dans le n° 102 de Béton[s] le Magazine

On retrouve sur certains tableaux les traînées abyssales de fonds marins. [©Aurélien Grudzien]
On retrouve sur certains tableaux les traînées abyssales de fonds marins. [©Aurélien Grudzien]

Aquarelles ou lavis ? On peut hésiter… Mais de toute manière, on se tromperait. Car il s’agit d’aplats de ciment pigmenté, laqué et verni. Lumineuses, abstraites et calmes, les œuvres d’Aurélien Grudzien, 46 ans, dégagent une véritable poésie et un apaisement des sens. « Ma pratique de la plongée sous-marine et l’expérience de zénitude qui en découle y sont pour beaucoup », explique le peintre. On retrouve même sur certains tableaux les traînées abyssales de fonds marins.

« Je peins depuis toujours, mais aucun medium ne me donnait satisfaction. Le ciment, avec ses aspérités et ses nuances m’a permis d’exprimer mon art. J’exploite tous ses accidents de parcours, ses fissures, ses craquelures », explique Aurélien Grudzien.

Les codes de l’Impressionnisme et de l’Abstraction lyrique

Ses premières œuvres, en 2007, étaient figuratives. De grands cieux de ciment se mêlaient aux buildings. Peu à peu, les immeubles ont disparu de la toile, libérant de plus en plus le ciel, qui a fini par envahir tout l’espace… C’est ainsi qu’il est entré dans l’air de l’abstraction ! Si l’on compare parfois son travail avec les aquarelles de l’artiste français d’origine chinoiseZao Wou-Ki, c’est le peintre Pierre Soulages, chantre du noir et de la matière, qui lui a donné envie de peindre.

En empruntant les codes de l’Impressionnisme et de l’Abstraction lyrique, Aurélien Grudzien joue sur les couleurs, mais aussi sur la lumière, et conserve toujours son univers fait de formes et de mirages. Toute la force du ciment se révèle à travers le blanc et le noir. Mais pas que… L’artiste sait aussi donner fougue et joie à ses peintures plus colorées, qui font découvrir les mondes secrets de son imagination. Ses toiles invitent toutes au voyage intérieur et à la plénitude.

Si l’on compare parfois le travail d’Aurélien Grudzien avec les aquarelles de l’artiste français d’origine chinoise Zao Wou-Ki, c’est le peintre Pierre Soulages, chantre du noir et de la matière, qui lui a donné envie de peindre. [©Aurélien Grudzien]

L’artiste sait mettre de l’intensité à ses peintures colorées, qui font découvrir les mondes secrets de son imagination. [©Aurélien Grudzien]

Lumineuses, abstraites et calmes, les œuvres d’Aurélien Grudzien, 46 ans, dégagent une véritable poésie et un apaisement des sens. [©Aurélien Grudzien]

A Aouste-sur-Sye (26), dans les bois, se trouve l’atelier de l’artiste tout en béton avec une belle hauteur sous plafond.

C’est avec le ciment, ses fissures, ses aspérités et ses nuances, qu’Aurélien Grudzien a pu exprimer pleinement son art abstrait. [©Aurélien Grudzien]

Ainsi, le peintre prépare ses aplats de ciment blanc pigmenté, puis il les recouvre de résine pour créer davantage de profondeur, de luminosité. Une fois sèche, il ponce toute la surface et applique un vernis. « Il me plaît de jouer avec le ciment. Chercher la puissance émotionnelle de cette matière, c’est exprimer ses sentiments à travers une action picturale. Le ciment est une matière vivante. Mes aplats, entre terre et ciel, évoquent aussi bien la course des nuages dans le vent que la lente dilution d’une goutte d’encre dans l’eau. Les couleurs se fondent ou se séparent avec légèreté, pureté et transparence. Mes aplats mêlent tragique et extase. Ils créent le mouvement, la vie. Il en ressort toujours une lueur d’espoir… »

Si chaque tableau reste pour lui une vague de matière, il y apporte un soin infini qui nous fait rêver. De près, on découvre le travail de la matière : des pigments, de l’eau, du souffle, l’action de l’artiste. De loin, on se laisse aller à ce magnifique paysage abstrait…

Prochaine exposition à la galerie Sylvie Platini, du 23 septembre au 15 octobre 2022, 7 place des Célestins, 69002 Lyon.

Muriel Carbonnet

Article paru dans le n° 102 de Béton[s] le Magazine