Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 125
Corse du Sud. En février 2026, le Conservatoire de musique, danse et art dramatique Henri Tomasi a été inauguré, marquant un jalon important dans le développement culturel de la ville. Conçu par les architectes Rudy Ricciotti et Amélia Tavella, cet édifice fait la part belle aux bétons, tout en étant bien ancré dans son environnement. D’une surface de 3 000 m2 , le Conservatoire regroupe plusieurs espaces d’enseignement, dont un auditorium de 200 places, des studios de danse et des salles dédiées aux arts dramatiques. Le bâtiment se caractérise avant tout par une façade composée de 70 poteaux architectoniques, inspirés d’une partition du compositeur corse Henri Tomasi (1901-1971).
Un traitement différencié des façades
L’édifice s’inscrit dans la topographie naturelle de l’éco-quartier du Finosello d’Ajaccio. Il prend la forme d’un ensemble semi-enterré, épousant la pente du terrain. Cette implantation permet de limiter l’impact visuel du bâti et d’ouvrir des perspectives vers le mont Pozzo di Borgo, tout en assurant une relation avec le quartier des Cannes. L’architecture du Conservatoire repose donc sur un traitement différencié des façades. Côté Finosello, la façade est réalisée en pierre de granite et présente une écriture sobre et minérale, évoquant les villages corses. Côté quartier des Cannes, la façade est composée de ces fameux poteaux préfabriqués, tout torsadés, emblématiques du lieu.
Signé Rudy Ricciotti

La “patte”de Rudy Ricciotti est évidente. « Je voulais une musicalité architecturale. Ecoutez, pour parler de ces poteaux – ou plutôt de ces brise-soleil minéraux -, il faut d’abord comprendre qu’on ne parle pas de simples éléments structurels, mais d’une véritable pétrification de la musique. Ils sont faits de béton et de granulats corses, une matière organique, quasi-vivante, qui se patinera avec le temps sans jamais vieillir. Au nombre de 70, ces poteaux forment une trame régulière, qui évoque une partition musicale, chaque espace entre eux représentant des “silences” et des “hauteurs de notes” », résume Rudy Ricciotti.
Et bien sûr, le béton est à la fête.« Le béton, ce n’est pas un fétiche, c’est un matériau de contexte et de survie. Il me tient au corps, parce qu’il est le réceptacle du travail humain. » On le voit bien : les façades Sud et Ouest semblent “respirer” et “danser” sous la lumière ajaccienne. L’architecte a ainsi voulu intégrer à la fois des éléments de poésie et d’identité méditerranéenne.
BPE et préfa à l’honneur
« Nous avons utilisé des bétons apparents au niveau 1-2, bruts et lisses. Et un béton planchette au niveau 1-1, coffré avec des planchettes en bois de 2 cm d’épaisseur. Pour les poteaux, un béton micro-désactivé dosé en ocre a été employé. Ce qui a permis de donner une texture granitique » , résume Michael Jasperse, chef de projets, au cabinet Rudy Ricciotti. Et de préciser : « Nous avons eu recours à un C30/37 XF1 auto-plaçant, acheminé depuis la centrale de BPAI, partenaire Lafarge. Quant aux 70 poteaux, ils ont été préfabriqués chez Corse Préfa, à Propiano, à l’aide d’un C35/45 XS3. »
Et pour finir, la toiture du bâtiment a été végétalisée et est accessible. Elle s’inscrit dans la continuité paysagère du site et constitue un espace extérieur intégré au projet, en lien avec sa mémoire agricole.
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Article paru dans Béton[s] le Magazine n° 125
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