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The (Psycho)Somatic Zone : Et la banche devint art

The (Psycho)Somatic Zone : une exposition où art contemporain, plutôt conceptuel, rencontre le matériel de chantier: les banches-outils d'Intequedis. [©Laurent Foucaud]

L’Institut d’art contemporain de Villeurbanne présente The (Psycho)Somatic Zone. Un lieu où les banches-outils d’Intequedis dialoguent avec des œuvres d’art contemporain. Une fusion inédite entre construction et créativité !

Rhône. L’Institut d’art contemporain de Villeurbanne nous surprend avec son exposition The (Psycho)Somatic Zone. Imaginez un lieu culturel où le monde des matériels de chantier fusionne avec celui de l’art contemporain ! Une collaboration inédite entre l’entreprise de coffrages lyonnaise Intequedis et les artistes contemporains Mire Lee et Pipilotti Rist.

Un air de Madeleine de Proust

« Il fallait oser… Mélanger art contemporain et matériel de BTP », confie Laurent Foucaud, ému de voir ses banches se transformer en véritables objets d’art. [©Institut d'art contemporain de Villeurbanne]
« Il fallait oser… Mélanger art contemporain et matériel de BTP », confie Laurent Foucaud, fondateur d’Intequedis, ému de voir ses banches se transformer en véritables objets d’art. [©Institut d’art contemporain de Villeurbanne]

Mais revenons à la genèse de cette collaboration. « Jeune, mon chemin se dirigeait vers des études de construction. Ce qui m’a conduit à fonder Intequedis, il y a 25 ans, une société familiale et indépendante lyonnaise dédiée à la vente et à la location de matériel de construction, dont les coffrages, la sécurité collective, les passerelles et l’étaiement. Il est rare que des trajectoires se croisent, mais à Villeurbanne, rue du Docteur Dolard, cela s’est produit. Cette rue, empreinte de ma jeunesse et de mes souvenirs familiaux, a ravivé en moi des émotions. Cinquante-huit ans plus tard en début d’année, un appel joyeux m’a ramené à mes souvenirs d’enfance, m’invitant à mêler mes racines, mon métier et ma passion. C’est dans l’ancienne école maternelle de cette rue que l’Institut d’art contemporain a vu le jour en 1982. En 2026, cet institut a sollicité Intequedis pour participer à son exposition The (Psycho)Somatic Zone. Ainsi, nous avons fourni plus d’une trentaine de banches-outils, qui entrent en dialogue avec les œuvres de Mire Lee et Pipilotti Rist », résume avec entrain Laurent Foucaud, fondateur d’Intequedis.

Il fallait oser…

Chaque œuvre exposée comme chaque banche installée est marquée par des cicatrices et des résidus. [©Laurent Foucaud]
Chaque œuvre exposée comme chaque banche installée est marquée par des cicatrices et des résidus. [©Laurent Foucaud]

A première vue en opposition, les expositions “principales” de Mire Lee et de Pipilotti Rist occupent les deux pôles d’un même espace intérieur. D’une part, le corps présenté par l’artiste sud-coréenne Mire Lee, ses cycles et ses épuisements sous la forme d’installations et de sculptures. D’autre part, l’esprit livré à ses débordements affectifs et émotionnels à travers l’œil du vidéaste suisse Pipilotti Rist. Le tout en présence de 30 banches-outils. « Il fallait oser… Mélanger art contemporain et matériel de BTP », confie Laurent Foucaud, ému de voir ses banches se transformer en véritables objets d’art. Et oubliez vos idées rationnelles, cette exposition est avant tout conceptuelle. On n’aime ou pas, elle a le mérite de donner à voir… Ouvrez votre esprit…

Les outrages du temps, aussi bien sur les banches que sur les sculptures. [©Laurent Foucaud]
Les outrages du temps, aussi bien sur les banches que sur les sculptures. [©Laurent Foucaud]

Mais revenons à nos banches… Habituellement réservées aux chantiers, ces dernières acquièrent ici une nouvelle dimension, devenant un cadre pour des réflexions sur la vie, la fragilité et la résilience. « Dans l’exposition, les œuvres représentent l’évolution des engins, des machines et des personnes. En fait, quand on regarde un coffrage, on se dit que ça sert à mettre en œuvre du béton. On pose, on coule. Puis, merci, au revoir. Mais en fin de compte, je crois que notre œil doit aller plus loin. Parce que cette banche, elle a une vie, elle a une histoire, elle a un historique. Elle a été créée, elle est née, elle était neuve comme une personne. Elle a appris à être utilisée, elle a appris à être mise en service comme un enfant qui va à l’école. Et puis, elle est utilisée tout au cours d’une vie. Elle est entretenue, elle est réutilisée, elle est réentretenue. Elle va servir toute seule, elle va servir assemblée, elle va servir dans un sens ou dans un autre. Et puis, cet usage, comme pour une personne, comme pour un matériel, comme pour un produit, va laisser des traces, des griffures, des éraflures, des souvenirs. Et c’est pour ça qu’en fait, cette exposition, elle est belle, elle est pleine de nostalgie. C’est le temps qui passe. »

Un dialogue s'instaure entre les banche et les sculptures. [©Laurent Foucaud]
Un dialogue s’instaure entre les banche et les sculptures. [©Laurent Foucaud]

Une exposition réussie

On peut voir, in situ et même en touchant, les traces de l’usure, les patines. Comment les banches ont vécu… Chaque œuvre exposée comme chaque banche installée est marquée par des cicatrices et des résidus. Elles racontent toutes une histoire, « nous rappelant que, tout comme ces matériaux, nous portons les marques du temps ». Et Laurent Foucaud, de conclure : « J’avais peur que cette exposition soit déformée par le fait qu’on montre du matériel qui est vieilli, que cela ne donnerait pas une bonne image… Mais en fin de compte, pas du tout. Et bien au contraire. Cela démontre qu’on est toujours là, qu’on sait entretenir le matériel, qu’on est capable d’aller au-delà du simple fait de faire du coffrage et qu’on est peut même aller jusqu’à de l’art contemporain dans nos métiers ».

Muriel Carbonnet-Villenave

Exposition visible jusqu’au 2 août 2026 à l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, 11 rue du Docteur Dolard.

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