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Villa Hennebique : Le manifeste du béton armé

par redaction | - réagissez
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Avec la villa de Bourg-la-Reine, François Hennebique (1842-1921) fait démonstration des qualités du béton, dont il était l’apôtre.

Avec la villa de Bourg-la-Reine, François Hennebique (1842-1921) fait démonstration des qualités du béton, dont il était l’apôtre.

Après les recherches de Joseph Monier concernant le béton armé (premier dépositaire d’un brevet concernant l’invention), François Hennebique dépose ses premiers brevets pour des systèmes constructifs en béton armé et coule sa première dalle en béton armé en 1879, afin de démontrer les possibilités exceptionnelles de son matériau. Il l’emploie entre 1901 et 1903 pour bâtir sa propre demeure, dans les Hauts-de-Seine. Avec cette villa, il s’offre la possibilité unique de prouver au monde entier les ressources de ce matériau dans l’architecture d’une habitation.

La villa de Bourg-la-Reine tient une place spéciale dans l’œuvre de ce pionnier de la construction. En homme avant tout pratique, François Hennebique ne pouvait laisser passer l’occasion de faire une démonstration décisive des qualités du béton, dont il était l’apôtre. Pour cela, il fallait qu’il fût son propre entrepreneur, mais aussi son propre architecte. C’était en somme un prototype dont, comme un inventeur, il allait tester et repousser au maximum toutes les ressources. Ce serait non seulement un modèle, un archétype de la maison de campagne, et en même temps, un manifeste. Et ceci dans un contexte de l’Exposition universelle de 1900 qui faisait la part belle aux pionniers du béton armé.

Une villa familiale en béton.

La villa Hennebique est idéalement située entre Bourg-La-Reine et Sceaux, dans un environnement verdoyant et convivial. Agrémentée de jardins suspendus et de patios intérieurs empruntés à quelque fantaisie méridionale et de grandes baies vitrées, la villa Hennebique s’intègre à merveille à l’environnement, selon les trois thèmes directeurs de l’architecte : “fleurs, lumières et aération”. La tour de 40 m de hauteur contient un réservoir d’eau destiné à l’arrosage, par simple gravitation, des serres et des jardins suspendus de la villa. François Hennebique a pris une grande liberté de formes conférant à l’ensemble un aspect exubérant. On sent dans la conception les prouesses techniques : symétrie, portées importantes sans piliers, porte-à-faux, décrochements, saillies, hauteur exceptionnelle de la tour, large terrasse en encorbellement, système de terrasses avec jardins… Tous ces éléments illustrent à merveille la souplesse du matériau. Cette villa met en effet en évidence l’affirmation de François Hennebique : « On peut tout demander au béton armé et il peut tout reproduire ». Elle représente tous les acquis et de toute l’expérience de la firme Hennebique fondée en 1894. Cette villa se compose d’un certain nombre de volumes agencés de façon complexe. Les décrochements d’ailes, les saillies en encorbellement, le percement irrégulier des baies… viennent encore renforcer cet effet. Une simple comparaison avec la maison située de l’autre côté de la rue – variation hennebiquienne sur le thème du béton armé – fait immédiatement ressortir l’espèce de grandiloquence de la villa. Les façades de la maison sont aussi le fruit d’une réflexion sur l’enveloppe. Se situant entre la lourdeur de la maçonnerie et la maigreur des édifices métalliques, le béton armé déroutait à l’époque nombre d’architectes et leur posait des problèmes bien ardus. François Hennebique franchit délibérément le fossé qui sépare la maçonnerie du nouveau matériau. Il recherche une expression architecturale propre au béton armé. Il fait coexister la fantaisie architecturale avec une logique fonctionnaliste très poussée.

Conçu comme un “palais familial”, l’immeuble est aujourd’hui transformé en appartements. Inscrite à l’inventaire des Monuments historiques depuis le 20 mars 1972, la villa Hennebique est également classée aux Monuments historiques depuis le 27 janvier 2012.

 

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