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Bas-reliefs du pavillon soviétique : La redécouverte

par redaction | - réagissez

En 2004, l’archéologue François Gentili explore les glacières du XVIIe siècle du château, aujourd’hui disparu, de Baillet-en-France (95). Ses recherches aboutissent à la découverte d’un amoncellement d’éléments sculptés en béton, qui, après examens, appartiennent au pavillon soviétique de l’Exposition universelle de Paris, en 1937.

1-passe-simple-ambiance-de-1937En 2004, les recherches entreprises par François Gentili, archéologue à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), pour identifier l’habitat seigneurial médiéval et moderne de l’ancien château de Baillet-en-France (95), aboutissent à la découverte de grandes statues brisées, têtes, membres, troncs, reliefs et médaillons en béton. Des examens établissent qu’il s’agit de fragments du pavillon soviétique de l’exposition internationale des Arts et Techniques appliquées de la Vie moderne, présentée au Trocadéro à Paris, en 1937. A cette occasion, en face du pavillon nazi d’Albert Speer, massif et surmonté d’un aigle, le pavillon soviétique de Boris Iofan (1891-1976), long de 160 m, s’achevait en façade principale par une tour, haute de 33 m, surmontée d’une sculpture d’acier : L’Ouvrier et la Kolkhozienne brandissant faucille et marteau. A leurs pieds, les allégories, sous forme de bas-reliefs en béton, des onze républiques soviétiques de l’époque ornaient deux massifs latéraux. Symbole prémonitoire de l’affrontement avec le nazisme, ce pavillon affirmait le caractère fédéraliste de l’ex-URSS et une nouvelle conception de l’art, le réalisme socialiste en rupture totale avec l’avant-gardisme soviétique des années 1920.

Réalisme socialiste.

2-passe-simple-statues-sovietAlors que l’Ouvrier et la Kolkhozienne, œuvre de Véra Moukhina (1889-1953), rejoignent Moscou, les reliefs sont offerts par l’ex-URSS à la Confédération générale du travail (CGT). Les reliefs ornant les propylées du pavillon sont l’œuvre de Joseph Moiseevitch Tchaikov (1888-1979). On peut voir dans cette réalisation l’évolution du constructivisme militant vers le réalisme socialiste. Cette exhumation s’inscrit dans un travail de réexamen de l’art soviétique des années 1930, trop hâtivement réduit au seul statut d’outil de la propagande stalinienne, et de redécouvrir un artiste que son œuvre “officielle” avait conduit à oublier. Issu du monde juif traditionnel, formé au métier de scribe, Tchaïkov a étudié la sculpture à Paris dans les années 1910 à la Ruche. A la faveur de l’effervescence révolutionnaire, il a créé une expression artistique originale avec des artistes comme El Lissitsky ou Chagall, enseigne aux Ateliers supérieurs d’art et technique avec Rodtchenko ou Tatline, avant d’évoluer vers le réalisme socialiste.

Un destin contrarié.

En plein Front Populaire, les sculptures sont accueillies par le syndicat de la Métallurgie, dans le parc du château de Baillet-en-France, acquis en 1937 et transformé en centre de vacances. Ce don est révélateur des liens établis entre le milieu syndical français issu de la CGTU et les syndicats soviétiques. Saisi en 1939, après l’interdiction du PCF et de la CGT, le parc devient, en novembre 1940, un centre des jeunesses pétainistes. Au printemps 1941, les sculptures sont plus ou moins détruites. Un temps exposées à la Libération, elles seront reléguées et oubliées dans une glacière du château.

La restauration des reliefs a été réalisée sous la responsabilité scientifique de Chantal Quirot, restauratrice au musée national d’Art moderne, et d’Elisabeth Marie-Victoire du Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), par Denis Chalard et son équipe. Depuis 2011, ces fragments sont exposés au Musée archéologique du Val-d’Oise, à Guiry-en-Vexin.

 

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